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27/07/2011

Le soleil de Carthage

Je pars demain pour la Tunisie, puis quelques semaines de vacances supplémentaires à Las. Le blog va donc être en congé jusqu'à la fin août. La Rentrée est à bien des égards prévisibles. Je m'amuse d'avance (méchamment, j'en conviens) de la concomitance entre la date de la prochaine comparution de DSK à New York, le 23 août, et celle des Universités d'été du PS, les 26-28 août. Quoique que dise la justice américaine, il va continuer à polluer le paysage socialiste et l'atmosphère politique. Je suis plus inquiet pour l'état de l'Eurozone, laissé en plan par Sarkozy et Merkel après leurs décisions prometteuses du 21 juillet, alors que les marchés attendent une mise en oeuvre rapide. Espérons, qu'aiguillonnés par les agences de notation, les traders n'exagèrent pas les conséquences financières des bénéfices bancaires en recul, pour cause de décote des créances grecques. En tout état de cause, le combat fédéral n'en est qu'à ses débuts. Et je vous invite à ce propos, si vous ne l'avez déjà fait, à lire l'excellent papier de Jean Quatremer "petite leçon de fédéralisme à l'usage de Nicolas Sarkozy" (ici) Bonnes vacances.

22/07/2011

Allez camarades, encore un effort pour être fédéralistes

George Papandreou, le Premier ministre grec, peut être heureux: il revient de Bruxelles avec un allégement annuel du fardeau de sa dette de 3,5 milliards d'euros, grâce à une baisse des taux d'intérêt auquel lui prêtaient jusqu'à présent ses partenaires de l'Eurozone de 4,5% à 3,5%. Le soulagement est d'autant plus palpable que les délais de remboursement sont portés à 15, 30, voire 40 ans. Mieux encore, l'anxiété grecque face au marché obligataire est bel et bien derrière l'Acropole avec un nouveau prêt de 109 milliards de l'UE, via le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) puis le futur Mécanisme européen de stabilité (MES) à partir de 2013, et du Fond monétaire international. Cerise sur le gâteau: un plan Marshall est promis à Athènes, non chiffré car dépendant pour l'essentiel du futur cadre financier de l'UE après 2013.

Les créanciers bancaires de la Grèce, impliqués dans cette mécanique par le biais de rachat "volontaire" de dette dévalorisée, devront assumer en tout d'ici 2020 jusqu'à une centaine de milliards de manque à gagner, du fait de cet étalement des remboursements et de la baisse des taux s'y afférant. Mais ce défaut maitrisée ne devrait pas avoir de conséquences sur leur fonctionnement, sinon leurs bénéfices: les banques grecques en difficulté éventuelle de refinancement, pourront l'être par le FESF puis le MES. Pour faire bonne mesure, les banques et institutions financières de tous les pays de l'Eurozone qui seraient aussi en proie à des problèmes de refinancement, ce qui n'est pas invraisemblable en Espagne notamment au lendemain de stress tests bancaires mitigés, pourraient aussi bénéficier des taux avantageux du FESF.

Cirque spéculatif Ce lien que l'UE tisse désormais comme prêteur quasi exclusif de la Grèce, et la dépendance dans laquelle entrent également le Portugal et l'Irlande à cet égard, est clairement un pas dans la bonne direction, c'est à dire la création d'euro-obligations. Certes, le FESF prêtent aux banques pour qu'elles mêmes achètent de la dette et peut même racheter cette dette au marché secondaire, mais il n'émet pas encore directement des bons du trésor estampillée UE. Reste que la limite commence à être ténue et qu'on se rapproche de la solution maintes fois défendue ici. Disons qu'à ce stade, l'Eurozone a franchi le pas de la création d'un Fonds monétaire européen mais pas encore celui de la création d'un marché obligataire.

Une telle décision prise il y 18 mois, au début de la crise grecques, aurait sûrement évité la contagion à l'Irlande et au Portugal, qui se seraient alors retrouvés protégés préventivement de toute attaque spéculative. Aujourd'hui, il est beaucoup moins sûr que cela suffise. Pour l'instant les marchés, toujours très court-termistes semblent rassurés par l'accord sur la Grèce. La faillite totale est en effet écartée. Mais pas un défaut partiel puisqu'il est même prévu que les créanciers bancaires d'obligations grecques se verront infliger une décote. Des cénacles divers de banquiers et de financiers vont se réunir ce week-end pour apprécier si ce défaut partiel est un "évènement de crédit", mot magique devant déclencher le fameux marché des "credit defaut swap" (CDS), sorte d'assurance sur la dette mais que ne détienne pas forcément les créanciers eux mêmes. Bref un grand cirque spéculatif qui plongerait à nouveau toute l'Eurozone dans la tourmente.

Débat final Mais le pire n'est jamais sûr et peut être le système financier sera-t-il assez sage pour accepter quelques dizaines de milliards, non de pertes mais de manque à gagner, pour nous éviter de rajouter la crise à la crise. En revanche les marchés seront intéressés à juste titre par la portée réelle et à long terme de l'accord. Car ce long terme demeure en suspens, malgré la forte garantie politique apportée hier par les chefs d'Etat et de gouvernement. Juridiquement en effet, les dispositions cruciales du dispositif, la recapitalisation bancaire de tous les Etats membres au meilleur taux et le rachat de la dette secondaire, doivent encore attendre un long processus de modification des statuts du FESF, avec les affres que cela peut créer dans certains pays comme l'Allemagne ou la Finlande.

C'est ce débat final que nous devons enfin avoir. Tant qu'à modifier les statuts du FESF, et à modifier d'ailleurs le Traité lui-même pour la création du futur MES, alors ouvrons encore davantage le champ des possibles pour leur intervention: l'émission d'euro-obligations pour le compte de l'ensemble des membres de l'Eurozone. La campagne électorale française devra être le moment de départager les Français autour du seul vrai clivage qui compte aujourd'hui: opter pour la puissance commune d'une UE fédérale ou conserver l'illusion de la souveraineté nationale à l'égard de Bruxelles alors qu'en fait son destin est entre les mains des marchés.

19/07/2011

Splendeur et décadence d'un enfoiré du siècle

Dans "Demain ne meurt jamais", James Bond affronte Elliot Carver, un magnat de la presse internationale qui complote avec des généraux chinois renégats pour renverser la démocratie et l'économie occidentale. Toute ressemblance avec Rupert Murdoch n'est nullement fortuite et à peine exagérée: le Tycoon australien, fort du premier groupe de presse et de télévision au monde, milite en effet depuis 30 ans pour que l'Occident s'ouvre à la Chine et sa croisade personnelle contre l'euro et l'Europe s'apparente à un véritable sabotage. Autant dire que ses déboires à Londres et à New York sont pour moi un soulagement qui augurent, je l'espère, un changement d'époque.

Influence néfaste L'ignominie des méthodes rédactionnelles de Murdoch et son goût pour l'information trash ne trahissent que la mesquinerie intellectuelle du personnage, encore apparue aujourd'hui devant la commission des médias de la Chambre des Communes. Que News Corp, dominant sur le marché mondial, ait imposé le tout gratuit sur Internet au début des années 2000 témoignait en outre d'une grave faiblesse de jugement. D'ailleurs Murdoch dut revenir en 2010 sur cette décision idiote qui portait évidemment préjudice à lui-même et à ses propres journaux. "The Times" et "The Sunday Times", par exemple, sont à nouveau payant en ligne. Les dégâts économiques du tout gratuit ont malheureusement entretemps sinistré nombre de ses concurrents. Rupert Murdoch n'est pas un homme de presse, c'est un homme de pouvoir qui se sert de la presse. Héritier d'un modeste journal régional, ce natif de Melbourne devient américain dès 1985 pour pouvoir se lancer dans les affaires outre-Atlantique. Il n'est pas pour rien dans la création médiatique de cet axe historique entre Margaret Thatcher et Ronald Reagan, le couple vedette des années 80, qui au prétexte d'en finir avec l'URSS ont surtout liquidé l'Etat Providence et le modèle traditionnel du "Welfare State" anglo-saxon, lequel ne s'en remettra jamais. Pire encore, cette offensive dite néo-libérale mais qui était surtout crypto-conservatrice, se posa en alternative au modèle Rhénan, ce qui ne fut pas sans influence néfaste sur la droite française. Mais un homme aux si hautes ambitions que M. Murdoch ne pouvait se contenter de provoquer cette cassure entre le Commonwealth et les Etats-Unis d'un côté et l'Europe continentale de l'autre. Hélas pour le monde, il avait d'autres marottes à nous infliger.

Parmi celles-ci, la Chine. Car Rupert Murdoch aime la Chine. La preuve, il a divorcé en 1999 de la mère de ses enfants pour épouser Wenge Deng, une jeune femme de 38 ans sa cadette, dont le moins surprenant du parcours trouble n'est pas qu'elle ait été autorisée à interrompre ses études en Chine pour les poursuivre aux Etats-Unis, ce qui n'est pas donné à toutes les jeunes filles de bonnes familles communistes venues. Le rôle idéologique joué par News Corp pour que la Chine soit intégrée au commerce mondial n'avait toutefois pas attendu sa lune de miel avec la belle chinoise pour se déployer. Après le massacre de Tien Amen en 1989, Pékin avait bien mauvaise presse mais les journaux et télévisions Murdoch n'ont eu de cesse, tout au long des années 90, de marteler un message alors très à la mode, inspiré de la fumeuse théorie de la fin de l'histoire: le développement des échanges amènerait Pékin à la démocratie. Cette conviction ne souffrait aucune critique et Chris Patten, dernier gouverneur de Hong Kong, en fit les frais en 1997 avec le boycott de ses mémoires, très critiques contre les Satrapes pékinois. Alors qu'un contrat de publication avait pourtant déjà été signé avec Harper Collins, un des plus gros éditeurs de la planète et fleuron de News Corp aux Etats-Unis, Rupert Murdoch, en a finalement interdit la sortie en librairie. La Chine a adhéré à l'OMC en 2001. Avec les progrès que l'on sait depuis en matière de démocratie.

Haine de Bruxelles Pourtant Rupert Murdoch aime bien aussi la démocratie. En 2002 et 2003, il met ainsi toutes ses forces au service de George Bush pour convaincre le monde entier d'entrer en guerre contre l'Irak de Saddam Hussein, présenté comme un allié d'Al Qaïda. En deux coups de cuillère à pot, Bagdad deviendrait la mère de toutes les démocraties, nous promettaient les éditorialistes vedettes de News Corp. Fox News et BSkyB matraquaient alors l'opinion publique américaine et anglaise sur les fameuses armes de destruction massive à coup de reportages bidon et d'informations tronquées tandis que la presse de caniveau outre-Manche et outre-Atlantique se déchainait contre la France, qui osait contrer Washington. Le New York Post popularisait ainsi la campagne visant à rebaptiser les frites de "french fries" en "freedom fries" tandis que le Sun traitait carrément Jacques Chirac de "harlot", faisant figurer en Une la tête de Jacques Chirac au bout d'un long ver de terre surgissant du centre d'une France craquelée. 10 ans plus tard, l'Irak demeure un pays meurtri, dotée d'une gouvernance fragile et dont l'instabilité est une menace pour toute la région. Aux yeux des tabloïds de Murdoch, pourtant, c'est au Royaume-Uni que la démocratie est sur la sellette, News Corp contribuant depuis des décennies à inculquer aux Britanniques l'horreur de l'Europe et la haine de Bruxelles. La presse Murdoch, le Wall Street Journal en tête, est évidemment à la point du combat contre l'euro.

News Corp pèse 41 milliards de dollars de capitalisation. Enfin, pesait, car cette histoire d'écoutes téléphoniques et les ennuis judiciaires qui se profilent devrait faire fondre le pactole. En tout état de cause, M. Murdoch devrait demeurer un des hommes les plus riches de la planète. Et ses enfants après lui. A force de voir ce bon Bill Gates en boy-scout philanthrope, on finirait par oublier qu'il existe des milliardaires qui ont les moyens de mettre en oeuvre leurs idées nauséabondes. Déjà, de simples millionnaires en ont été capables, à l'instar de Ben Laden. D'autres s'emploient à diffuser leur propagande. Il en est ainsi des frères Charles et David Koch, troisième fortune américaine et financiers des Tea Party, ces mouvements délirants qui assurent qu'Obama est un musulman communiste qui veut faire des Etats-Unis un pays socialiste. La constitution exponentielle de fortune privée sur la planète, à un niveau qui proportionnellement n'a jamais été atteint auparavant, commence à mon avis à devenir un vrai problème pour l'avenir. Le cas Murdoch doit faire réfléchir sur le pouvoir d'influence non de la presse mais sur celui des milliardaires car on ne peut pas toujours compter sur James Bond pour lutter contre les Elliot Carver.

 
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