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22/07/2011

Allez camarades, encore un effort pour être fédéralistes

George Papandreou, le Premier ministre grec, peut être heureux: il revient de Bruxelles avec un allégement annuel du fardeau de sa dette de 3,5 milliards d'euros, grâce à une baisse des taux d'intérêt auquel lui prêtaient jusqu'à présent ses partenaires de l'Eurozone de 4,5% à 3,5%. Le soulagement est d'autant plus palpable que les délais de remboursement sont portés à 15, 30, voire 40 ans. Mieux encore, l'anxiété grecque face au marché obligataire est bel et bien derrière l'Acropole avec un nouveau prêt de 109 milliards de l'UE, via le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) puis le futur Mécanisme européen de stabilité (MES) à partir de 2013, et du Fond monétaire international. Cerise sur le gâteau: un plan Marshall est promis à Athènes, non chiffré car dépendant pour l'essentiel du futur cadre financier de l'UE après 2013.

Les créanciers bancaires de la Grèce, impliqués dans cette mécanique par le biais de rachat "volontaire" de dette dévalorisée, devront assumer en tout d'ici 2020 jusqu'à une centaine de milliards de manque à gagner, du fait de cet étalement des remboursements et de la baisse des taux s'y afférant. Mais ce défaut maitrisée ne devrait pas avoir de conséquences sur leur fonctionnement, sinon leurs bénéfices: les banques grecques en difficulté éventuelle de refinancement, pourront l'être par le FESF puis le MES. Pour faire bonne mesure, les banques et institutions financières de tous les pays de l'Eurozone qui seraient aussi en proie à des problèmes de refinancement, ce qui n'est pas invraisemblable en Espagne notamment au lendemain de stress tests bancaires mitigés, pourraient aussi bénéficier des taux avantageux du FESF.

Cirque spéculatif Ce lien que l'UE tisse désormais comme prêteur quasi exclusif de la Grèce, et la dépendance dans laquelle entrent également le Portugal et l'Irlande à cet égard, est clairement un pas dans la bonne direction, c'est à dire la création d'euro-obligations. Certes, le FESF prêtent aux banques pour qu'elles mêmes achètent de la dette et peut même racheter cette dette au marché secondaire, mais il n'émet pas encore directement des bons du trésor estampillée UE. Reste que la limite commence à être ténue et qu'on se rapproche de la solution maintes fois défendue ici. Disons qu'à ce stade, l'Eurozone a franchi le pas de la création d'un Fonds monétaire européen mais pas encore celui de la création d'un marché obligataire.

Une telle décision prise il y 18 mois, au début de la crise grecques, aurait sûrement évité la contagion à l'Irlande et au Portugal, qui se seraient alors retrouvés protégés préventivement de toute attaque spéculative. Aujourd'hui, il est beaucoup moins sûr que cela suffise. Pour l'instant les marchés, toujours très court-termistes semblent rassurés par l'accord sur la Grèce. La faillite totale est en effet écartée. Mais pas un défaut partiel puisqu'il est même prévu que les créanciers bancaires d'obligations grecques se verront infliger une décote. Des cénacles divers de banquiers et de financiers vont se réunir ce week-end pour apprécier si ce défaut partiel est un "évènement de crédit", mot magique devant déclencher le fameux marché des "credit defaut swap" (CDS), sorte d'assurance sur la dette mais que ne détienne pas forcément les créanciers eux mêmes. Bref un grand cirque spéculatif qui plongerait à nouveau toute l'Eurozone dans la tourmente.

Débat final Mais le pire n'est jamais sûr et peut être le système financier sera-t-il assez sage pour accepter quelques dizaines de milliards, non de pertes mais de manque à gagner, pour nous éviter de rajouter la crise à la crise. En revanche les marchés seront intéressés à juste titre par la portée réelle et à long terme de l'accord. Car ce long terme demeure en suspens, malgré la forte garantie politique apportée hier par les chefs d'Etat et de gouvernement. Juridiquement en effet, les dispositions cruciales du dispositif, la recapitalisation bancaire de tous les Etats membres au meilleur taux et le rachat de la dette secondaire, doivent encore attendre un long processus de modification des statuts du FESF, avec les affres que cela peut créer dans certains pays comme l'Allemagne ou la Finlande.

C'est ce débat final que nous devons enfin avoir. Tant qu'à modifier les statuts du FESF, et à modifier d'ailleurs le Traité lui-même pour la création du futur MES, alors ouvrons encore davantage le champ des possibles pour leur intervention: l'émission d'euro-obligations pour le compte de l'ensemble des membres de l'Eurozone. La campagne électorale française devra être le moment de départager les Français autour du seul vrai clivage qui compte aujourd'hui: opter pour la puissance commune d'une UE fédérale ou conserver l'illusion de la souveraineté nationale à l'égard de Bruxelles alors qu'en fait son destin est entre les mains des marchés.

Commentaires

Quelques remarques :

1) Alors que certains journalistes criaient haro sur l’Allemagne, il s’avère qu’elle a repli son rôle de porte-monnaie européen, puisque c’est sa signature qui valide ce plan d’aide à la Grèce.
Ces attaques incessantes contre Mme Merkel ont fait naître dans l’opinion publique un léger mépris pour son pays. Alors qu’il me semblait que l’UE était là pour que toutes les haines entre les européens n’existent plus...

2) Alors que notre Président veut réunir à grands frais nos sénateurs et parlementaires afin d’inscrire dans la Constitution la maîtrise des déficits, M.Fillon nous apprend que l’aide à la Grèce va coûter à la France min. 15 milliards d’eus !
Biens sûr, ce sont les Français qui le paieront. Je trouve cela irresponsable envers la jeune génération sur laquelle pèse déjà une énorme dette de 1 700 milliards !

3) On parle d’augmenter le FESF, mais QUI va l’assurer ? sachant que la Grèce, l’Italie, l’Espagne, l’Irlande sont incapables de fournir leur effort financier, il reste donc toujours l’Allemagne, la France qui est certaine de perdre son triple A tout de suite après les élections, l’Autriche et les Pays Bas ? Donc…

4) Fitch , très logiquement, a déjà annoncé son intention de placer en défaut partiel la Grèce, et Moody’s va certainement suivre la même option.

Conclusion : au lieu de sortir la Grèce de la zone euro, ou de créer deux zones euro (ma préférence), on demande aux citoyens de faire d’énormes sacrifices et tout ça pour rien ! C’est l’euro trop fort qui a tué la compétitivité de la Grèce et des pays du Sud , dont mon pays !

Écrit par : Léa | 22/07/2011

@ Yannick Laude

J'ai repensé à votre post dans lequel vous disiez ne pas aimer les nonistes parce que, par leur vote en 2005, ils auraient bloqué la construction européenne. Je vous ai répondu en citant les propos de VGE.
A la suite de notre échange, j'aurais aimé vous demander un truc.
Vous appartenez à un parti je pense le plus démocratique en France et en plus, vous êtes journaliste.
D'où ma question:
Vu comment cette UE-là se construit SANS les peuples (le traité de Lisbonne passé malgré notre Non, de plus en plus nombreux entailles dans les status de Lisbonne, les référendums à venir confisqués, manque de débats, etc, etc) alors est-ce qu'il vous arrive de temps en temps de douter de cette voie choisie ? Puisque les l'opinion et les désirs des peuples ne sont plus pris en compte par nos responsables politiques.
Je connais votre engagement européen et ne le conteste pas, mais parfois vous devez vous poser cette question: Sommes nous toujours en démocratie ?
N'avez-vous jamais, vraiment jamais de doutes à ce sujet ? Ne pensez-vous pas que cette UE-là ressemble de plus en plus au système soviétique dans lequel les citoyens n'avaient plus le droit à la parole ? (c'est exagéré bien sûr, mais il y a quand-même un soupçon de ce système non ?)

Si jamais vous ne me censuriez pas et si jamais vous vouliez me répondre, j'aimerais que ce soit une réponse sincère et non "sloganique". Je me suis posé cette question: si jamais j'étais moi-même journaliste et si je croyais très fort en cette idéologie, alors quelle attitude j'aurais adopté ? Je reconnais que ce n'est pas facile!
Mais si jamais vous ne vouliez pas donner votre avis, pas grave, je ne vous en voudrais pas:-)

Écrit par : Léa | 23/07/2011

@ Lea: A votre premier commentaire, je répondrais que les 15 milliards apportés en garantie par la France au montage grec ne coûteront rien aux contribuables français, et même lui rapporteront (moins que les prêts précédents grâce à la baisse des taux, heureusement pour le principe de solidarité), à condition bien sûr que la Grèce rembourse. Tout le plan est bâti pour lui permettre de rembourser. Qui vivra verra. L'alternative était la faillite de la Grèce et sa sortie de la zone euro. Inutile d'être grand clerc, pour imaginer la pagaille qui s'en serait suivie sur l'ensemble de la zone euro sonnant probablement le glas de la monnaie unique. Je ne m'appesantirai pas sur les conséquences financières, économiques et sociales que ce scénario aurait pour la France, les Français et vous mêmes. Vous les connaissez comme moi et j'espère que vous n'en contesterez pas l'évidence.

Quant à votre commentaire le plus récent, c'est un "marronnier" de nos échanges, pour reprendre une expression de journaliste, ce que je ne suis plus (lisez ma présentation sur mon tout premier billet), je veux dire par là que c'est un sujet récurrent dont le traitement n'est jamais épuisé et qui intéressent suffisamment les lecteurs pour faire l'objet d'articles réguliers. Notre dialogue est pourtant impossible ma chère Léa car vous n'acceptez pas les prémisses de la construction européenne vues par nos aïeux des années 50. Etant moi-même né en 1959, ce n'est que bien plus tard que j'ai découvert leur vision mais je la partage car c'est un message universaliste, que portent d'ailleurs tous les partis de gouvernement français depuis 50 ans. Nicolas Sarkozy, comme Jacques Chirac et François Mitterrand, avant lui, sont des personnalités reconnues et respectées du Conseil européen, les membres du gouvernement français jouissent d'une voix à proportion au Conseil des ministres, nous disposons en outre de 72 députés européens et d'un des plus influents commissaires européens, nonobstant que notre chère langue demeure celle de référence exclusive du droit européen à la Cour de Luxembourg.

Pour moi, cette influence française, dont la portée dépasse d'ailleurs cette simple participation aux Institutions européennes, est une garantie suffisante de démocratie. Vous n'êtes pas convaincue parce que vous croyez, comme d'éminents penseurs et hommes politiques du reste, que la démocratie ne peut s'exercer que dans un cadre national. Dès lors est-ce vraiment utile de poursuivre la discussion?

Écrit par : yannicklaude | 25/07/2011

@ Yannick Laude

1) "à condition bien sûr que la Grèce rembourse. Tout le plan est bâti pour lui permettre de rembourser."
Le problème c'est que les stratèges ne croient pas dans les possibilités de la Grèce de rembourser. Par ailleurs, la Grèce s'endette afin de rembourser la dette antérieure, les recettes ne rentrent plus dans les caisses de l'Etat et donc c'est une fuite en avant. J'aurais souhaité le contraire bien sûr, mais l'économie est une science et non un désir.

2) Pourquoi vous dites que je n'accepte pas "les prémices de la construction européenne vues par nos aïeux des années 50." ? Bien sûr que si! Mais je n'accepte pas cette UE-là, comme elle est aujourd'hui: le chômage, la pauvreté, manque de protection à nos frontières européennes, des décisions parfois débiles de la CE etc, etc
et surtout le fait d'écarter les citoyens des décisions prises pour eux! Le fait que vous citiez des personnalités françaises et le PE, ne signifie pas qu'ils aient raison! (J'imagine que les politiciens soviétiques disaient la même chose à leur peuple). C'est joli l'universalisme, mais on ne le mange pas tous les jours, du "pain" par contre, si!
Merci quand même d'avoir essayé de me répondre

Écrit par : Léa | 25/07/2011

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