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08/07/2011

Le cri de la frite, le soir, sur la place de Brouckère

Le plat pays n'est pas le mien mais je suis bien triste de le voir ainsi s'effilocher. Le refus du chef des nationalistes flamands du NVA, Bart de Wever, d'accepter les propositions du Premier ministre socialiste francophone potentiel, Elio di Rupo, augurent de jours sombres pour le Royaume: la crise politique dure depuis plus d'un an, le gouvernement sortant expédiant des affaires de moins en moins courantes comme la guerre en Libye, et il est désormais peu probable qu'une nouvelle majorité gouvernementale fédérale voit le jour avant les élections municipales de l'année prochaine.

Ruralisation politique Au Royaume de Belgique, les élections locales sont en effet devenues la mère de toutes les batailles et cette ruralisation politique n'est pas sans conséquences funestes sur le pays depuis quelques années. Je suis arrivé dans les années 90 à Bruxelles alors que les Institutions fédérales étaient entrain de se mettre en place. A l'époque, pour un homme politique, la responsabilité suprême était toujours nationale. C'est pourquoi la Belgique a encore donné à l'Europe deux Premiers ministres de haut niveau, Jean-Luc Dehaene puis Guy Verhofstadt. Ce dernier, sous présidence belge de l'UE en 2001, a initié le processus qui allait conduire à la Constitution européenne. Il est l'actuel président du groupe politique, l'ADLE, où je travaille désormais au Parlement européen.

Aujourd'hui, il en va tout autrement car l'horizon d'un homme politique belge est d'être le premier dans son village wallon ou flamand. D'où la faiblesse du Premier ministre flamand chrétien-démocrate sortant, Yves Leterme, dont son parti le CD&V colle à la NVA, de crainte de perdre sa majorité régionale. Le personnel politique francophone n'est guère plus reluisant, mais surtout les pratiques du Parti socialiste, indéboulonnable en Wallonie, relèvent d'un autre âge, fait de clientélisme, de népotisme et, hélas aussi, de corruption. C'est là où se nouent le drame puisque les nationalistes flamands sont pour leur part ultra-libéraux. Le pays n'est ainsi pas seulement coupé en deux linguistiquement mais aussi politiquement.

Bombe politique Comme français, je suis forcément plus sensible aux arguments francophones. Reste que je ne peux pas donner entièrement tord à l'approche flamande et au demeurant les libéraux francophones n'en pensent pas moins. Il y a toutefois un moment où l'on peut s'interroger sur les vraies motivations de Bart de Waver. En effet, dans ses propositions, Elio di Rupo acceptait enfin d'ouvrir la discussion sur la remise en cause du statut des francophones vivant en périphérie flamande de Bruxelles. C'était jusque là la principale demande de la NVA. Son refus d'engager le dialogue au prétexte que les autres propositions d'Elio di Rupo en matière économique et sociale sont trop empreintes de socialisme wallon ne serait recevable que si cette note était à prendre ou laisser. Mais il n'en est rien car il ne s'agissait que d'une base de négociation, considérée comme équilibrée par tous les autres partis francophones comme néerlandophones.

Par leur comportement, qui revient à programmer sciemment la prolongation de 12 à 18 mois de la crise politique, la NVA et Baert de Waver minent sans vergogne les fondements mêmes du pays et rendent crédible la perspective d'une scission entre la Flandre et la Wallonie. Le système belge fonctionne en effet sur le consensus, lequel n'est possible que si tous les partis, surtout le mieux élu, acceptent d'entrer dans le jeu du compromis parlementaire transpartisan. Cette perspective séparatiste ne peut qu'inquiéter les marchés financiers, qui d'ailleurs commencent à s'agiter, car la Belgique est considérablement endettée à pas loin de 100% de son PIB, dont la moitié détenus à l'étranger, et le sort de cette dette, en cas de délitement du pays, est une inconnue juridique. C'est donc un nouveau risque considérable qui commence à peser sur la zone euro, par son flanc nord cette fois, et il serait temps que l'UE s'en préoccupe D'autant que la garde de Bruxelles, qui accueille les Institutions européennes, sera l'objet principal de la procédure de divorce entre Flamands et francophones.

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