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24/04/2011

Retour aux sources

Connaissez-vous le hameau de Las, village de Chiddes, canton de Luzy, département de la Nièvre? Normal, on est peu nombreux à être originaires de ce coin de mon Morvan natal. Sa réputation a néanmoins dépassé nos frontières car, grâce au camp de nudistes installés par des Néerlandais dans les années 80, nous avons évité la désertification qui affecte tant de nos provinces. Par centaines des Néerlandais sont peu à peu venus, d'abord en vacances, puis acquérir une maison de campagne et enfin, pour beaucoup, s'y installer définitivement en retraite. Le supermarché de Luzy se fournit en Belgique, afin que ses produits soient étiquetés bilingue FR/NL (encore que les nouveaux entrants suivent assidument les cours de français organisés par ma tante), le marchand de journaux fournit les journaux néerlandais et l'adresse internet de l'agence immobilière se dénomme bibracte.nl (Bibracte est l'oppidum voisin où Vercingétorix avait unifié les tribus gauloises). Bref, un petit paradis où j'aime aller retrouver mes vieux parents sans être tout à fait dépaysé. A bientôt.

 

 

20/04/2011

La bougie est un produit d'avenir

La libéralisation du marché de l'électricité n'est sûrement pas la meilleure initiative européenne de ces dernières années. La France, époque Jospin, s'y était pourtant ralliée en 2002, mais depuis l'ouverture officielle du marché de la fourniture d'électricité, en 2007, 5% seulement des clients d'EDF sont passés à la concurrence. Normal: aucun des compétiteurs de l'opérateur historique (Poweo, Direct Energie) n'ont les moyens de produire eux mêmes et doivent se fournir chez EDF pour revendre. Leur marge est d'ailleurs si faible que les deux compagnies vont se marier pour éviter la faillite. GDF Suez a pour sa part les reins assez solides pour investir mais n'a toujours pas reçu d'autorisation de construire de centrales nucléaires - le sésame de l'énergie bon marché -, et Fukushima étant passée par là, ne l'aura sans doute jamais.

Cette situation de quasi non concurrence va perdurer grâce ou à cause, selon les points de vue, à la décision annoncée par le gouvernement de fixer à 40 euros au 1er juillet puis 42 au 1er janvier 2012 le mégawattheure (MWh) le prix de l'énergie nucléaire, dont EDF doit céder par la loi dite NOME (Nouvelle organisation du marché de l'électricité) un quart de sa production à ses concurrents. Ces derniers avaient fait leur calcul: il fallait que ce prix soit aux alentours de 35 euros (ce qu'ils payent aujourd'hui et estiment déjà trop élevé) pour maintenir un semblant de rentabilité. Il est probable que se sentant grugés, les électriciens alternatifs vont aller se plaindre à Bruxelles. C'est déjà sous leur pression que la Commission avait engagé une procédure contre la France en 2008 qui avait, certes, ouvert son marché à la date convenue mais sans la fameuse loi NOME, indispensable au bon fonctionnement contractuel du marché et qui n'a été adoptée qu'en décembre dernier, et encore, sans les prix s'y afférent, rendus seulement publics hier après des mois de négociations de coulisse.

Brute sarkozyste Je n'ai aucune sympathie pour leur combat, leur objectif n'étant pas de fournir au client lambda de l'électricité moins chère, au nom de la concurrence, mais simplement de gonfler leurs marges. Les chiffres évoqués plus hauts ne sont en effet que les prix de gros. La consommation moyenne d'un ménage est d'environ 10 MWh par an. Le prix moyen de détail du MWh en France est de 114,3 euros. En Belgique, où je suis client de GDF-Suez, qui exploite 7 centrales nucléaires, il est de 176,3 euros. Je vous laisse faire le calcul pour apprécier la bonne foi de Gérard Mestrallet, le PDG de GDF-Suez, lorsqu'il ose prétendre ce matin dans la presse que le gouvernement favorise EDF au détriment des consommateurs. L'objectif de Mestrallet, tout comme d'ailleurs de Charles Beigbeder, PDG de Poweo, et de Xavier Caïtucoli, PDG de Direct Energie, est de s'en foutre plein les fouilles, et aucunement de faire baisser le prix de notre facture. Je ne doute cependant pas qu'ils trouveront l'oreille complaisante de quelque benêt de la direction générale de la Concurrence de la Commission pour enregistrer leurs complainte d'arnaqueurs arnaqués.

Je n'ai aucune sympathie non plus pour cette brute sarkozyste d'Henri Proglio, le PDG d'EDF. Le Canard Enchaine a récemment publié, sur base d'écoutes de police, les dialogues hallucinants de mafieux corse que cet ancien PDG de Veolia (lequel, sans vergogne d'ailleurs, avait cumulé les deux énormes salaires pendant plusieurs mois) entretient avec son ami et client, le désormais célèbre Jean-Noël Guerini, le président PS du Conseil général des Bouches du Rhône, dont le frère Alexandre, est en prison pour abus de biens sociaux, détournement de fonds et de biens publics, recel, corruption active et j'en passe. Reste qu'au delà du cas Proglio, EDF a de bons et mauvais arguments à faire valoir et que le gouvernement a bien du les prendre en compte.

Univers post-Fukushima D'abord, comme je l'ai indiqué, même à bientôt 42 euros le prix de gros de l'électricité, EDF offre l'énergie la moins chère d'Europe, à l'exception de la Bulgarie. De surcroit, le prix au particulier, grâce au tarif règlementé, a été artificiellement gelé pendant quasiment 15 ans tout au long des années 90 et dans la première moitié des années 2000. Ensuite les coûts de fonctionnement d'EDF ont explosé: pour acheter la paix sociale, M. Proglio, depuis son arrivée à la tête de l'entreprise en 2009, a augmenté les salaires des agents d'EDF de 8% en moyenne, lesquels, y compris les retraités du secteur, soit tout de même 300 000 foyers, ne payent, selon les catégories, que 5 à 10% de leur facture grâce à un tarif maison préférentiel, du reste remis en cause pour monter progressivement à 20%. Enfin et surtout, EDF doit faire face à de considérables investissements pour des équipements extrêmement coûteux et la hausse annoncée du prix de gros n'y suffira déjà pas. Ainsi le nouveau réacteur EPR de Flamanville, le nec plus ultra en matière de sécurité nucléaire, produira de l'électricité à 60 euros le MWh....

Je ne parle ici que du monde réel d'aujourd'hui, pas de l'univers post-Fukushima que les adorateurs du soleil vont sans doute tenter et parvenir à nous imposer dans les années qui viennent. Pour information, le MWh produit par éolienne tourne aux alentour de 85 euros, prix de gros, et de 150 euros pour le photovoltaïque. Quelque soit notre avenir énergétique, il faut donc s'attendre à de considérables augmentations de tarif et il faudra sans doute renouer avec les plaisirs simples de nos ancêtres, comme la veillée au coin du feu ou la lecture à la bougie.

18/04/2011

Les Décombres

Un lâche soulagement me gagne à la lecture des terribles nouvelles qui accablent ce matin l'Union européenne. Alors que le Portugal continue de s'enfoncer dans la crise obligataire, la Grèce apparait plus que jamais au bord de la faillite, incapable de rembourser l'aide déjà consentie par ses partenaires. La percée de la droite populiste en Finlande laisse augurer qu'Helsinki va se retirer des mécanismes de solidarité péniblement inventés pour précisément éviter l'effondrement d'Etats membres de la zone euro. L'unanimité étant requise pour débloquer l'argent, un tel retrait serait donc fatal. La France et l'Italie, 130 millions d'habitants à elles deux, continuent de s'effrayer mutuellement par l'énorme invasion que constitueraient, d'après le duo Guéant-Maroni, l'afflux de 20 000 Tunisiens... Enfin la Hongrie adopte aujourd'hui, dans l'indifférence la plus totale, sa nouvelle Constitution, un texte liberticide sur le plan intérieur mais qui surtout porte en germe un risque majeur de tensions dans toute l'Europe centrale: désormais les centaines de milliers de Magyars d'origine vivant dans les pays voisins auront la nationalité hongroise et le droit de vote s'y afférent, faisant d'eux des étrangers dans leurs propres pays où les populistes locaux les désignent déjà comme une 5ème colonne potentielle.

C'est un lâche soulagement qui me gagne car les solutions rationnelles, que nous sommes de moins en moins nombreux à défendre face à l'ensemble des défis qui nous menacent, n'auront bientôt plus lieu d'être. Je n'ai donc plus à réfléchir, ni avec d'autres à lutter contre l'inéluctable. Un repos bien mérité m'attend. La ligne rouge est en effet entrain d'être franchie au delà de laquelle plus rien de raisonnable ne sera possible. Les adeptes du souverainisme, les contempteurs des "fédérastes" et autres "naïfs européistes" dont je m'honore de faire partie, sont en passe de gagner. Toutes les digues sont enfoncées et enfin nous allons pouvoir assister au monde meilleur qu'ils nous promettent. J'espère qu'ils sont fiers de leur victoire, contents de leurs succès, satisfaits de leur clairvoyance. Je me contenterai de rappeler que la dernière fois où l'Europe en pleine crise économique se refermait sur elle même, et ses Etats sur leurs propres frontières, la dernière fois qu'un pays prétendait annexer la population des pays voisins, la dernière fois où nous avons collectivement cédé aux pseudo-évidences populistes et à la soit-disante volonté du peuple, c'était dans les années 30 et ça a mal fini.

 
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