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22/02/2011

La marche turque vers la démocratie rythme les pas de la rue arabe

De toutes les bonnes choses qui émergent des révolutions démocratiques en cours au Maghreb et au Proche-Orient, la moindre n'est sûrement pas le rôle d'influence que la Turquie semble jouer sur la rue arabe. Puissance colonisatrice de quasiment tous les pays de la région bien avant les Occidentaux, la Turquie ottomane n'a pas forcément laissé que des bons souvenirs, mais du moins ce pays ouvert et laïc est-il aujourd'hui davantage la référence que  l'Iran fermé et religieux. Il est vrai que le "tigre anatolien" offre un taux de croissance et d'emplois à la chinoise quand la République islamiste s'enfonce dans le marasme et le chômage. Pour ces foules en révolte, surtout guidées par des motivations d'ordre socio-économiques, la comparaison est donc vite faite sur les avantages et les inconvénients des deux modèles. La Turquie est ainsi vécue comme une sorte d'Occident de substitution, un pays clairement identifié comme moderne mais appartenant au monde musulman, une alchimie réconciliatrice qui permet de se rapprocher des normes occidentales sans reniement culturel.  L'Union européenne a tout à gagner de cette opportunité politique dont pourrait profité ce grand voisin si attractif.

Partenariat spécial Bien que l'adhésion à l'UE soit officiellement le but des négociations ouvertes aux forceps avec Ankara en 2005, après des années de palabres, les réticences françaises et allemandes persistantes, et l'hostilité maintenue d'une large partie de l'opinion publique dans tous les Etats membres de l'UE, laissent mal augurer que cette perspective se concrétise un jour. Non que la Turquie ne fasse de constants et considérables efforts pour se conformer au lourd cahier des charges que lui impose Bruxelles. Bien au contraire. Sous pression européenne, les réformes se multiplient qui heurtent le droit interne d'un pays pourtant connu pour son nationalisme sourcilleux. L'Etat de droit y est solidement ancré comme l'a prouvé l'extraordinaire affaire qui avait conduit en 2008 la Cour constitutionnelle à priver l'AKP, le parti musulman-conservateur au pouvoir, d'une partie de son financement public et même à le menacer de dissolution pour activités anti-laïques, sans que le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan n'éructe ou ne menace les juges constitutionnels! Notre propre Cour constitutionnelle pourrait en prendre de la graine qui n'avait pas osé invalider les comptes de campagne de Balladur en 1995, bien que convaincue de leur nullité, par crainte de créer un chaos politique...

Reste que quelque soit les progrès accomplis - et ils demeurent nombreux à faire  pour s'adapter pleinement à nos standards politiques, juridiques, économiques et sociaux -, la Turquie ne sera jamais membre de l'Union européenne. Les Européens ont déjà bien du mal à tolérer le rôle central que jouent pourtant depuis le début la France et l'Allemagne, pour admettre la toute puissance du nouveau venu turc, pays qui, grâce à son poids démographique, obtiendrait en cas d'adhésion le plus de voix au Conseil des ministres, le plus grand nombre d'eurodéputés et dont le commissaire aurait forcément un des portefeuilles les plus importants, nonobstant le choc de financement que cela entrainerait pour le budget européen en matière de politiques agricole et régionale. Ces raisons institutionnelles ont toujours constitué pour moi un obstacle insurmontable me conduisant à soutenir l'idée d'un "partenariat spécial" avec la Turquie, ne sachant trop toutefois jusqu'à ces derniers jours ce que pourrait recouvrir ce concept. C'est désormais limpide: la Turquie a pour double mission de stabiliser l'Asie centrale où plongent ses racines et d'unifier le Proche-Orient et le Maghreb au sein d'une Communauté économique reprenant l'héritage commercial de l'Empire Ottoman mais cette fois reposant sur la démocratie et l'Etat de droit. C'est avec ce partenaire à sa mesure, lui-même fruit de compromis historique, que l'UE pourra forger un Pacte de voisinage et sans doute d'alliance stratégique. Bref, une Union méditerranéenne assise sur deux grands ensembles régionaux, à même de peser sur les affaires du monde, à commencer par celles de l'Afrique voisine.

Brevet de résistance au sionisme En fait, la Turquie n'a pas attendue ces dernières semaines pour s'embarquer dans cette aventure. Les entreprises turques sont déjà bien présentes dans tous les pays arabes et dans tous les secteurs. De l'électroménager aux voitures, en passant par les produits agroalimentaires, le « made in Turkey » occupe désormais tous les étals des magasins et les rayons des supermarchés de Bagdad, Damas, Aman, Beyrouth et même Tel Aviv. Aéroports, routes, ponts et bâtiments publics, le savoir faire turc l'emporte bien souvent sur les marchés publics pharaoniques des pays du Golfe. Ankara a commencé les négociations d'une zone de libre-échange avec la Syrie, la Jordanie et le Liban, avec la signature de multiples accords de coopération industrielle et commerciale qui conduisent à démanteler les droits de douanes et à diminuer les quotas d'échanges. C'est même une sorte de Schengen à l'ottomane qui émerge avec la création d'un visa touriste commun. Une évolution qui ne peut que prendre de l'ampleur avec les besoins en développement économique des pays arabes et la nécessité pour la Turquie de sécuriser ses approvisionnements énergétiques.

Quelque soit néanmoins les effets bénéfiques escomptés de la croissance économique régionale, le succès ou l'échec de cette Union méditerranéenne dépendra d'un autre facteur, le même qui à vrai dire a fait capoter tous les projets précédents: la résolution du conflit israélo-palestinien. Qu'on le déplore ou s'en étonne, le fait est que l'UE n'a jamais été considérée comme un partenaire fiable par les Israéliens, ce qui a toujours nuit à son implication diplomatique, tandis que les Etats-Unis étaient récusés par le camp arabe. Longtemps inconditionnelle d'Israël, par fidélité à l'allié américain, la Turquie s'est désolidarisée de l'Etat hébreux à la faveur de sa fâcherie avec Washington, qui a ignoré son opposition à la guerre en Irak. Le coup de gueule de Recip Tayyip Erdogan contre Shimon Pérès à Davos en janvier 2009 concernant l'opération "Plomb Durci" à Gaza et l'assaut israélien meurtrier contre la "flottille de la paix" en juin 2010, une armada d'aide humanitaire qui comptait nombre de militants turcs pro-palestiniens, ont même tendu sérieusement les relations entre Ankara et Jérusalem. Même si depuis les deux pays se sont rabibochés, ces épisodes ont permis à la Turquie d'acquérir son brevet de résistance au sionisme. Un passeport utile aux yeux des Palestiniens et de l'opinion arabe pour relancer les négociations de paix tandis que le caractère démocratique de la Turquie, chef de file d'un Moyen-Orient lui-même en transition démocratique, devrait être pour Israël le gage d'un accord équilibré. En fait, si Ankara choisit de jouer cette carte de l'influence régionale, nul doute qu'elle aura le soutien actif de l'UE et des Etats-Unis, et l'on voit mal  comment, ni même pourquoi, Israël s'y opposerait.

Commentaires

"la Turquie ne sera jamais membre de l'Union européenne. "

Jamais, vraiment jamais ? Alors pour quelle raison on continue de lui envoyer plus de 560 millions d'eus par an ?
Et juste une remarque: je trouve incompréhensible et honteux qu'un pays membre de l'UE (Chypre) soit occupé militairement par la Turquie, sans que cela ne gêne Bruxelles! Pas vous ?

Écrit par : Léa | 22/02/2011

Cela n'est pas gênant, au contraire, occupez vous de la vieillissante Europe et ignorez la Turquie.

Écrit par : Kanuni | 22/02/2011

@ Kanuni

Je trouve votre post un tantinet arrogant, comme si vous aviez oublié que c'est grâce à nos sous que la Turquie ait pu sortir du Moyen Age économique.
Et effectivement, au lieu de vous envoyer si généreusement tous ces milliards, l'UE aurait du les utiliser pour une vraie politique de la natalité en Europe ( la France n'a pas de problème)

Écrit par : Léa | 23/02/2011

@Léa : non ce n'est pas avec vos sous... en effet l'UE reverse à la France autant que la France ne lui verse donc au final la France ne donne rien à personne... par contre la Turquie à perdu quaisment 40 milliards de dollars de droit de douanes après l'union douanière (eh oui il y a une union douanière avec la Turquie !) donc ces 560 millions d'euros ne sont qu'un accompte de ce que l'Europe doit à la Turquie.

En parlant de l'arrogance de @Kanuni je trouve qu'elle est largement en deça de celle de l'UE vis de la Turquie.

Écrit par : Black | 23/02/2011

@Léa

Concernant l'occupation de Chypre Nord par l'armée turque, tu devrais lire un peu les livres d'histoire au lieu de répéter bêtement ce qu'on te dit à la télé.
L'armée Turc est intervenue en 1974 pour libérer les citoyens d'origine turque des exactions de militaires grecs extrémistes voulant rattacher l'Ile à la Grèce.
Avant cette intervention, l'ile était sous gouvernance des Grecs, des Turcs et des Anglais.
Mais bien sûre, voyant les exactions se produire sur des populations turques (Chypre est à majorité peuplé de Grecs) les grecs et les Anglais n'ont rien fait.
Deuxième remarque, l'ONU a proposé en 2004, le plan Annan du nom de l'ancien secrétaire des Nations unies, Kofi Annan. Ce plan proposait de réunifier les deux États chypriotes au sein d'une même République chypriote unie fonctionnant sur la base d'un système fédéral où les deux communautés seraient représentées. Cependant, soumis à un référendum des deux communautés, il a été largement rejeté par les GRECS (et accepté par les Turcs), remettant la situation dans l'impasse...
Et concernant tes 560 Millions d'euros par an donné à la Turquie, sache que ca ne représente même pas 0.1% du PIB de la Turquie (environ 900 Milliards de dollars), autant dire que la Turquie pourrait s'en passer.
Dernière remarque, selon plusieurs analystes, dans 20 ans la Turquie sera économiquement devant la France, qu'elle entre ou non dans l'Europe.

Écrit par : Attila | 23/02/2011

@Tous : ce n'est pas la Turquie qui occupe militairement une partie de l'Europe mais c'est l'Union qui a intégré en son sein (au mépris des règles qu'elle s'érait fixée, comme quoi l'honnêteté intellectuelle n'est pas un ds fondements de l'UE) un pays qui a tenté de faire disparaitre sa minorité turque (30% de la population parqué sur 1% du territoire avan tl'intervention des turcs... sans parlé des massacres coordonnés au plus haut niveau de cet état) et qui a répondu par la négative au plan de l'ONU. Encore une preuve du deux poids deux mesures

Écrit par : Justice | 23/02/2011

@ Black

Pardonnez-moi, mais vous dites n'importe quoi! La France est le deuxième contributeur NET de l'UE: elle verse 19 milliards et ne perçoit que 12 milliards. 19-12= 7 milliards d'eus que les citoyens français déboursent de leur poche.
Par ailleurs, si les européens n'avaient pas délocalisé leurs industries dans votre pays, donc NOS emplois, vous n'auriez pas exporté autant de produits. Alors parler d'un dû de l'Europe à la Turquie est franchement gonflé.

@Black et Attila

Lisez ceci:

http://www.kypros.org/Chypre/viol_droitint.htm

Écrit par : Léa | 23/02/2011

@Lea : réponse en trois points :

- En ce qui concerne la contribution de la France, vos chiffres reprennent ceux des dernières années ou la France a été défavorisée par rapport aux nouveaux pays entrants. Si on remet le tout dans une perspective historique (http://www.finances-europe.com/article.php?id=92&lien1=&lienplan=&liendoc=) entre 1986 et 2005 la France a contribué à hauteur de 1,5 milliards d'euros en moyenne (bien loin derrière les quasi 9 milliards allemand et même derrière les anglais) pour financer le train de vie des grecques et des irlandais (étrangement les fameux PIGS d'aujourd'hui).

- En ce qui concerne la délocalisation de vos superbes industries en Turquie :
-- Vous devriez tout d'abord confrontez vos chiffres avec les délocalisations qui sont faites en Chine.
-- Dans tous les cas si les entreprises françaises changent de pays c'est que les dirigeants d'entreprises françaises l'ont bien voulu pour engraisser leurs actionnaires (français aussi en partie).
-- Enfin si vos entreprises ne délocalisaient pas elles seraient moins compétitives dans un monde ou l'économie est largement ouverte et vous auriez alors même perdu les emplois qui restent aujourd'hui en France...

- Enfin le superbe lien que vous donnez sur le problème chypriote émane des autorités chypriotes grecques dont on ne peut douter de l'impartialité (même si certaines personnes naives se font avoir)

Écrit par : Black | 23/02/2011

@ Black

1) Merci pour le lien. Donner des chiffres de 1986-2005 ne m'intéressent guère. On est en 2011...
Et que l'Allemagne ait beaucoup plus payé ne me gêne guère; c'est elle qui a foutu la m... en Europe et c'est à cause d'elle que l'on a fait cette UE-là pour "plus jamais ça!".

2) D'accord avec votre point No2, c'était juste en réponse à votre "par contre la Turquie à perdu quaisment 40 milliards de dollars de droit de douanes après l'union douanière". Si elle a perdu les 40 milliards, c'est qu'elle a gagné beaucoup plus en commerçant avec l'Europe, non ?
Je ne sais pas si c'est pour "engraisser leurs actionnaires", selon moi, c'est pour ne pas être ravalées par la concurrence. Les actionnaires ont beaucoup perdu, il suffit de voir l'évolution de la Bourse.

3) C'est google qui a sorti ce lien, je dois être naïve...
Si les Chypriotes grecs (majoritaires en Chypre selon vous) ont refusé l'Etat fédéral, ce n'est pas une raison pour les envahir et surtout MAINTENIR les armées sur le territoire chypriote.

Écrit par : Léa | 23/02/2011

Je souhaiterais savoir si M. Bayrou est pour l'adhésion de la Turquie à l'UE ? Je sais qu'au début il était hostile, mais il me semble que lors du Congrès en avril 2007, il a (aurait) changé d'avis.

Écrit par : Léa | 02/03/2011

nous nous enfouyons de l'Union européenne. ils nous prient dans les annees a venir... L'union europeennne aura besoin de la turquie. le gouvernement turc ne demand pas au peuple turc.. les turcs ne veulent pas participe... la turquie est l'un de grande economie du monde. nos n'avons pas besoin de eupeennes...

Écrit par : akif | 11/05/2011

l'adresse de msn ... exusez moi

Écrit par : akif | 11/05/2011

Que la Turquie reste indépendante et ne s'intègre nulle part même dans l'Union Européenne. Elle est assez puissante et un pays arabe membre d'une communauté européenne attisera la colère de certains. D'autant plus que les relations diplomatiques entre l'unione européenne et les Israélienst étaient tendus. La Turquie est une nation exemplaire qui brille sur tous les plans.

Écrit par : fatima | 23/03/2012

une Europe economiquement failli sera un bon marche pour la turquie. le peuble turc ne voulent pas entrer dans l'union européenne. c'est une probleme de politicienne turque . le probleme resoudra si on envoye les politiciens turque en europe. une Turquie libre sera la star pour l'Asie et le Moyen-Orient. on parle turc de balcan jusqu'au Mongolie en asie.. azarbaijan, kırgizistan. kazakistan, turkmenistan. tacikistan et en siberie et a cause de L'islam au moyen orient.
( nous ne sommes pas arabes. on parle le turc et l'alphabet latin en turquie.)

Écrit par : akif sari | 23/03/2012

@ Fatima & Akif Karim: J'espère que vous avez bien compris mon post car c'est exactement ce que je dis: le destin de la Turquie n'est pas dans l'UE mais de devenir une grande puissance régionale stabilisatrice du Proche et Moyen-Orient. Karim, sachez que je sais fort bien que les Turcs ne sont pas arabes..Encore qu'à part l'extrême est du pays, on voit peu de descendants des guerriers venus d'Asie centrale dès le Xème siècle car la force de l'Empire Ottoman a justement été de mêler les populations et les cultures et d'en tirer le meilleur: plusieurs Pachas ont ainsi été des slaves islamisés des Balkans et même des Albanais!

Écrit par : Yannick Laude | 26/03/2012

J'admire la Turquie et son indépendance sur tous les plans dans les pays arabes. C'est sur qu'avec sa puissance et sa forte domination, elle pourrait être bien placée si elle intègre l'Union européenne. Par ailleurs, elle devrait faire un petit effort côté diplomatique pour garder une bonne relation car on ne sait jamais ce que l'avenir nous préservera.

Écrit par : bernard | 26/03/2012

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