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22/01/2011

Bruxelles est un loup pour l’Europe

Si aucun arrangement n'est trouvé d'ici mercredi, la Commission de Bruxelles devrait bientôt se distinguer une nouvelle fois par une de ces décisions absconses et obtuses dont elle a le secret pour se brouiller avec tout le monde, y compris les plus fervents soutiens à la cause européenne. Sa cible est cette fois le Royaume de Suède, bien connu pour ses lacs et ses grandes forêts à la faune abondante, dont des meutes de loups, entre 200 et 250 bêtes qui descendent pour la plupart d'un couple introduit dans les années 80. Le tord de Stockholm, pionnière en matière de défense de l'environnement et de la biodiversité ? Avoir autorisé pour la première fois depuis 45 ans l'abattage de 27 loups, en infraction avec la législation européenne. Il s'agissait pour le gouvernement suédois, avant la réintroduction de loups étrangers, de ramener la population actuelle menacée de consanguinité à 210 animaux. Le succès de cette traque a été tel que pas moins de 6000 chasseurs se sont inscrits et que la période de chasse qui devait courir jusqu'au  15 février était close dès le 3 janvier, le quota étant atteint après deux jours de battues seulement.

Cette grave affaire qui mérite que Bruxelles diligente enquête n'est pas sans rappeler la fameuse querelle de l'ours des Pyrénées avec ses mêmes acteurs typiques, les défenseurs de la bête venus des villes, et ses adversaires venus des champs, les premiers espérant une inoubliable photo à l'occasion  d'une randonnée en montagne et les seconds redoutant que le plantigrade ne décime son troupeau. Il en est de même au Grand Nord, où la confrontation entre ruraux et urbains est plus rudes encore. Classés à gauche, les écologistes suédois dénoncent un massacre inutile alors que le braconnage aurait déjà réduit le cheptel de loup. Classés à droite, les agriculteurs suédois, héritiers de la vie paysanne ancestrale du vieux pays viking, plaident pour un quota d'abattage plus élevé. Dans les deux cas, le gouvernement doit compter avec les directives européennes, que chasseurs et défenseurs des animaux connaissent bien : la directive 79/409/CEE sur la protection des oiseaux sauvages, source d'une polémique récurrente sur les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, et la directive 92/43/CEE, sur l'habitat, qui s'est traduite par l'instauration de zones protégées de toute activités humaines susceptibles d'affecter la faune et la flore, dites Natura 2000 et couvrant désormais environ 20% du territoire de l'UE.

Tâche ingrate Les habitués de ce blog savent que je ne suis pas du genre à vouloir rogner les pouvoirs de la Commission européenne. Elle est dans son rôle de gardienne des Traités qui lui confère cette tâche ingrate de veiller à ce que chacun respecte les règles, aussi incongru que semble l'interférence de fonctionnaires bruxellois pour la mort de quelques loups en Suède. Peut être en l'occurrence trop de zèle a été mis à ce travail de notaire besogneux. Reste que la loi est la loi, fixée conjointement par le Conseil des Vingt Sept ministres européens de l'Environnement et le Parlement européen. J'ai bien conscience que ce genre de litiges, et tant d'autres découlant de règlementation étranges qui bouleversent nos habitudes nationales sans qu'on en perçoive toujours la plus value européenne, explique beaucoup des réticences de nos concitoyens à l'égard de l'UE. C'est pourquoi je crois qu'il serait vain d'espérer - comme je le souhaite ardemment - que l'Europe s'intègre davantage en matière de gouvernance économique et sociale, de justice, de sécurité, de diplomatie et de défense, si les Institutions européennes n'abandonnent pas d'abord certains de leurs pouvoirs et prérogatives. Tout le monde comprend l'intérêt d'une armée européenne, personne n'a encore compris celui des plaques d'immatriculation européennes! Contrairement à ce que croient les néo-nationalistes, il n'y a pas plus décentralisateur qu'un fédéraliste européen. Et c'est bien volontiers que je rendrai à ces localiers politiques le code de la route et la gestion d'autres grands dossiers d'importance domestique comme la chasse, la pêche et les traditions locales.

Commentaires

J'aime (le gros) de votre billet, il est vachement sensé. Effectivement, les citoyens européens ne comprennent pas pour quelle raison la CE mette son nez partout et règlemente sur des sujets qui ne le méritent pas ?
Je me rappelle de son "exploit" de statuer sur la taille du concombre qu'elle a, par la suite, du abandonner. Et bizarrement, le technocrate qui a pondu cette loi ne fut pas viré de la Commission. Pourtant c'est une faute professionnelle qui a provoqué une charge supplémentaire pour des agriculteurs.

Quant aux Verts : à mon grand étonnement, j'ai découvert que ce sont des gens plutôt âgés (avez-vous vu leurs candidats : Mme Eva Joly, Nicolas Hulot ?), donc plutôt aisés (d'où leur taxe carbone), certains même hystériques dont l'idéologie avoisine dangereusement le communisme. Inquiétant et mal connu de beaucoup de nos compatriotes!

Quant vous parlez des plaques d'immatriculation européennes, vous allez à l'encontre de votre ami, Mr Quatremer. En effet, selon lui, même les tracteurs doivent avoir des plaques unifiées ! J'ai bataillé durant plusieurs mois sur son blog pour en avoir une explication et je l'ai eue ! : c'est pour mieux les pister en cas où ces vrais bolides franchiraient la "frontière"!
On pourrait aussi parler de l'obligation - vachement coûteuse- de rebaptiser nos autoroutes et qui a du être payée par NOS impôts !
C'est pour cette raison que certains comparent l'UE à l'URSS, tellement certaines décisions sont ubuesques et rigides !

Vous dites : "...que l'Europe s'intègre davantage en matière de gouvernance économique et sociale..."
J'ai déjà demandé plusieurs fois comment peut-on avoir une gouvernance économique et sociale, avec des pays européens dont l'économie est si divergente, mais personne a su, ou voulu me répondre.
On fait quoi alors, on aligne nos salaires sur ceux de la Roumanie ou Bulgarie, on exige de tous les pays le même modèle social ??
Vous voyez bien que cela ne peut pas marcher, sauf à nous mettre tous dans la pauvreté !

(censurée, pas censurée, je suis vachement curieuse!)

Écrit par : Léa | 24/01/2011

@ Léa: Si la taille des concombres, comme d'ailleurs le calibre en général des fruits et légumes, a été normalisée, c'est à la demande de la grande distribution et avec le soutien des gouvernements. Le fonctionnaire coupable n'était qu'un exécutant de leur volonté. J'ajoute que c'est la Commission qui a du bataillé en 2008 pour qu'on réautorise la commercialisation des fruits et légumes biscornus ou difformes, cette fois l'industrie alimentaire s'y opposant, puisqu'il s'agissait de leur principale matière première pour produits transformés (conserves, plats cuisinés, confiture, jus de fruits, etc...). Mais soyons clair: si Jacques Delors a voulu concrétiser le projet de marché unique conçu par Monnet, c'est pour relancer l'Europe que des crétins français avaient bloqué en 1954 en refusant la Communauté européenne dce défense. Moyennant quoi, on a eu l'OTAN.

Si je remets en cause aujourd'hui, bien des volets de ce marché unique, je ne renie pas pour autant mon engagement de base. Bien au contraire, je prends modèle sur les Etats-Unis d'Amérique où le marché intérieur est bien plus fragmenté que le nôtre mais où la justice, la police (et encore dans des cas précis de crimes et d'infraction), la politique monétaire, le marché obligataire, l'armée et la diplomatie sont uniques et décidés à Washington. Ma conviction reste que nous devons aller vers les Etats-Unis d'Europe, sauf à risquer dans moins d'une génération de n'être que des pays au mieux vassaux, au pire tributaires de la Chine.

Il est difficile de mener une politique économique, monétaire et sociale commune? Et alors?! De mon point de vue, il est suicidaire d'envisager autre chose. Je vous signale en passant qu'en 7 ans le salaire minimum polonais est passé de 200 à 900 euros. Alors vos histoires sur les divergences économiques gardez les pour vos amis mélenchonistes et lepenistes. Les vraies divergences macro-économiques sont nourries par les déséquilibres des comptes publics. D'où l'importance de lutter drastiquement contre les déficits.

Écrit par : yannicklaude | 25/01/2011

Je ne vous ai pas agressé alors pourquoi me coller des étiquettes ??! Qu'est ce qu'il vous permet de dire que je suis mélenchoniste ou lepéniste ?? Les 54% des Français sont des extrêmistes ? Il faut peut-être arrêter ce délire, non ?

Sachant que cette directive sur les concombres et autres courges allaient amener des lourdeurs administratives inutiles, la CE était là pour s'y opposer et zapper l'avis des lobbystes...
Quand vous parlez des crétins français de 1954, vous parlez de de Gaulle ??

Par ailleurs, je ne pense pas que l'on puisse comparer l'Europe aux States.
Tout simplement parce que les USA est un pays très récent, possédant la même langue, etc, rien à voir avec nos traditions et cultures millénaires et nos 24 (?) langues.

Bizarrement, nous sommes DEJA des tributaires de la Chine. Ils font du "shoping" en Europe et rachètent à tout va des ports, aéroports et autres sites stratégiques. Mais c'est normal, comme l'a dit notre Président lors de sa conférence de presse: l'UE est une zone la moins protégée au monde.
Si c'est ça votre vision de l'Europe, alors je vous la laisse!

Écrit par : Léa | 25/01/2011

@ Lea: Je savais que çà allait finir par dégénérer avec vous, tellement vous êtes bouchée à l'émerie! il est tout de même invraisemblable d'être incapable de faire la différence entre Institutions et politique! Si 54% de crétins, dont vous, n'aviez pas voter contre la Constitution, vous auriez eu les outils pour changer la politique tout en renforçant des Institutions communes. Un élan existait à l'époque en ce sens qui a été brisé et le pouvoir en Europe est revenu aux Vingt Sept gouvernements, lesquels, à l'instar de notre Président, ne raisonnent qu'en termes domestiques. C'est ce repli national, ce refus de mettre davantage en commun, cette conviction que l'Etat souverain est seul en droit de signer des Traités internationaux, cette affirmation de l'intérêt national contre toute évidence géopolitique au regard de la taille de nos concurrents interationaux, qui ont conduit à la situation que vous dénoncez. La vérité c'est que Paris, Berlin, Londres et même Budapest brident chaque jour Bruxelles, que vous croyez bêtement en charge. En charge de quoi? Avec José Manuel Barroso qu'ils ont choisi justement pour être sûr que personne ne viendrait prendre à témoin l'opinion publique européenne qu'une autre politique est possible. Si Guy Verhofstadt avait été nommé, la crise ne serait peut être pas derrière nous mais en tout cas, on aurait pas perdu autant de temps pour savoir quoi faire. Vous êtes seule responsable de ce merdier ...avec vos copains Mélenchon, Le Pen, Dupont-Aignant, Lellouche, Fabius, Montebourg...je peux élargir, hélas presqu'à l'infini, le champs des crétins localiers de la politique, à qui, je le répète, je suis près à céder le code de la route, la chasse, la pêche et les traditions cantonales pour autant que les choses sérieuses soient assumées à un échelon qui permette à des gens ayant davantage de hauteur de vue de défendre l'intérêt commun.

Écrit par : yannicklaude | 26/01/2011

@ Yannick Laude

Je vois qu'il est interdit de vous répondre (poliment), dommage

Écrit par : Léa | 27/01/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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