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24/11/2010

Test de résistance à l'oppression bancaire

Ainsi qu'une lectrice avisée me l'a fait remarquer, le remboursement des intérêts de la dette n'est déjà plus le quatrième poste budgétaire de l'Etat (son niveau de 2009) mais désormais le second. Autant dire que la France vit sous créance, et la première responsabilité en repose sur vous et moi qui, soit ne payons pas assez d'impôts, soit dépensons trop. Et plus probablement les deux.  Je me suis assez étendu sur le second point pour ne pas avoir besoin de me fâcher davantage avec la Fonction publique, qui n'en demeure pas moins inutilement pléthorique au regard des services rendus, et ne suis guère à même de plaider pour une augmentation des impôts, ne les payant moi-même plus en France, mais n'en pensant pas moins sur les gisements fiscaux que constituent les revenus du patrimoine, dramatiquement sous-taxés, et les avantages indus consentis aux entreprises multinationales, par ailleurs principales bénéficiaires des aides d'Etat et des politiques publiques.

Moloch bancaire Reste que ce mea culpa citoyen n'exempte pas les bailleurs de ce puits sans fond. D'autant moins que la crise obligataire qui nous a accompagnés toute l'année a permis de vérifier à quel point ces banques n'entendaient pas seulement prêter mais aussi commander. Le Parlement européen peut en témoigner qui a été soumis à une intense pression tout au long du processus législatif sur la supervision bancaire et financière, non sans céder d'ailleurs aux sirènes des pleureuses professionnelles qui hantaient nos couloirs pour nous menacer d'un assèchement du crédit si la règlementation devait être trop sévère et découplée des pratiques hors UE. Les Etats membres ont connu pire encore en matière de lobbying, tant le système bancaire est interpénétré jusqu'aux plus infimes rouages des Etats, le summum venant de se dérouler en Irlande: alors que Dublin ne demandait rien et disposait de réserves monétaires suffisantes jusqu'au printemps prochain,  la spéculation acharnée sur le marché secondaire de la dette irlandaise a accru jusqu'à l'insoutenable la fragilité des banques domestiques, principales détentrices des obligations d'Etat. L'honnêteté oblige néanmoins à reconnaître que si la BCE et la Commission avaient mené plus sérieusement leurs stress tests en juillet dernier, l'Allied Irish Bank et la Bank of Ireland n'auraient pas du les passer avec succès.

Ce moloch bancaire alimente en outre lui-même ses propres fantasmes grâce à toute la logistique qui entoure les activités financières et vit sur la bête, à commencer par les Agences de notation. Déjà sur la sellette lors de l'affaire des subprimes, ces dernières viennent d'aggraver sans vergogne leur cas à l'occasion de la crise irlandaise, au moins l'une d'entre elle, la joliment dénommée Moody's, laquelle de fait semble noter selon ses humeurs. Contre toute logique, en effet, alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que l'annonce lundi d'une injection d'une centaine de milliards d'euros serait un facteur d'apaisement, Moody's décidait au contraire simultanément de dégrader la note irlandaise, autrement dit de lancer un avertissement aux marchés sur l'incapacité de l'Irlande à rembourser sa dette! Ces derniers paniquant pour moins que çà, se sont donc de nouveau emballé et les rumeurs de faillite en chaine dans la zone euro se sont répandu toute la semaine comme une trainée de poudre, substance dont les traders sont de gros consommateurs.

Enfants gâtés de la mondialisation Face à l'irrationnel, la raison est toujours perdante. C'est pourquoi je crois qu'avec les banques, il faut passer à l'épreuve de force. Les banques ne feront plus peur quand leur environnement règlementaire en fera des entreprises comme les autres. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Toute une série de négociations s'annoncent ainsi pour tenter d'alléger le fardeau de nouvelles normes prudentielles, dites Bâle III et élaborée par la Banque des règlements internationaux, c'est à dire la Banque des Banques centrales. En clair il s'agit de faire passer le ratio de solvabilité bancaire de 2% en moyenne aujourd'hui à 7% en 2019, c'est à dire que quand une banque prête 100 millions, elle devra au moins en avoir 7 immobilisés en caisse. Il va sans dire que çà ne leur plaît pas et du coup expliquent la bouche en coeur que ce capital immobilisé est autant qu'elles ne pourront pas prêter. Ce serait vrai si leur rentabilité moyenne ne frisait pas les 15%....Il est donc impératif que les pouvoirs publics résistent à ce nouveau chantage des enfants gâtés de la mondialisation.

Le temps est ainsi venu d'une action régalienne forte, la nationalisation n'étant d'ailleurs pas nécessairement la bonne méthode, l'expérience française en la matière ne plaidant pas en ce sens. Beaucoup plus opportun serait d'imaginer un système de modulation fiscale pour à la fois obtenir des banques qu'elles prêtent à bon escient, en limitant la prise de risque ou en le faisant assumer par leurs actionnaires et non plus les contribuables, et pour diminuer leur rentabilité que rien ne justifie, sinon leur place au coeur du fromage. Je voudrais rappeler ici que la rentabilité moyenne d'une PME ne faisant appel ni à l'effet de levier, ni à la créativité comptable, ni à la déconsolidation fiscale, ni à ces recettes toutes légales mais immorales qui fondent l'économie financière, atteint 5% les bonnes années, un peu plus dans le service haut de gamme, un peu moins dans l'industrie manufacturière de base. Et que selon le dernier rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, les entreprises du CAC 40 (dont la BNP, Dexia, la Société générale entre autres) paient en moyenne 2,3 fois moins d'impôts sur les bénéfices que les PME. Cherchez l'erreur!

Commentaires

L'honnêteté oblige à reconnaître que ce ne sont pas la Commission et la BCE qui ont conduit et contrôlé les stress tests, mais bien les autorités nationales de supervision bancaire , s'inspirant à leur guise des lignes directrices du très intergouvernemental comité européen des superviseurs bancaires. Cela devrait changer à partir du 1° janvier, avec l'entrée en scène du nouveau système européen de supervision. Sera-t-il pressé de refaire ces tests? C'est une autre histoire.

Écrit par : x.delcourt | 25/11/2010

Cher Xavier, ce sont bel et bien la Commission et la BCE qui ont défini le cahier des charges de ces stress tests, lequel était notoirement faible pour les encours bancaires liés aux dettes souveraines. Mon honnêteté m'oblige à reconnaître que le régulateur irlandais n'a en outre guère mis de zèle à appliquer ce cahier des charges sur l'AIB et la Bank of Ireland.

Écrit par : yannick Laude | 25/11/2010

Vous voyez bien que je ne raconte pas que des bêtises;-)
Et vous avez raison,les stress test était supervisés par la BCE et "le Comité européen des contrôleurs bancaires (CECB) assurait la grande sévérité des scénarios retenus."

Écrit par : Léa | 25/11/2010

Quoi qu’il advienne, un constat s’impose : les événements se précipitent et nul ne sait où tout cela va nous emmener. Panique boursière, hausse des cours de l’or (le record a été battu en euros), défauts de paiement en cascade, krach obligataire… La spirale infernale est enclenchée et plus personne ne maîtrise rien, à commencer par les gouvernements et les banques centrales, totalement dépassés. Dans l’immédiat, c’est la stabilité de la zone euro, voire son existence même, qui sont le plus gravement menacées.

Écrit par : resille | 26/11/2010

Mon cher Yannick
Pour la méthodologie, c'est entendu, pour la conduite et le contrôle, j'ai mes sources ;-) Voir 10h58
http://www.europarl.europa.eu/sides/getVod.do?mode=unit&language=FR&vodId=1290592687222

Écrit par : x.delcourt | 26/11/2010

Mon pauvre Yannick, Léa a aussi le temps de poster chez toi...

Sinon, va lire ma dernière note, à propos de la force de frappe des banques: http://bit.ly/e5mtXQ

Et mon papier de demain dans Libération devrait te plaire.

Écrit par : Jean Quatremer | 26/11/2010

mais quel con! Quel Con ! Va lire une intro à la macro économie bouffon.

Écrit par : LeBanquierRiche | 27/11/2010

LeBanquierRiche: c'est quoi ce troll anonyme? Yannick, tu n'as aucune obligation d'héberger des insultes.

Écrit par : x.delcourt | 28/11/2010

@ A Lea: nul n'affirme que vous ne dîtes que des bêtises. Votre réputation, acquise avec constance grâce à vos interventions dans "les coulisses de Bruxelles", est d'être conforme au refrain de la chanson déjà mentionnée ;-)

@ Resille: comme l'explique si bien Jean Quatremer dans son post du jour, ne vous laissez pas impressionner par les rumeurs distillées sur la soit disante "mort de l'euro". Les mêmes, à commencer par le FT, annonçaient bien qu'il ne verrait jamais le jour! En revanche le krach obligataire pourrait bien succeder à la crise du même nom si d'une part nous ne remettons pas de l'ordre dans nos finances publiques, et d'autre part ne restreignons pas la capacité des marchés financiers à contourner les décisions politiques.

@ Jean Quatremer: C'est un honneur d'héberger Léa! Imagines à quel point elle anime ton propre blog et songe aux centaines de commentaires qui n'auraient jamais été faits sans l'amorçage de sa mauvaise foi légendaire mais revigorante ;-)

@ Au Banquier Riche, que je redoute de connaître, quelle est donc cette erreur magistrale au regard de vos cours d'économie, qui vous a tant choqué? Sans doute est ce bien con, à vos yeux professionnels, de vouloir aligner la rentabilité des marchés financiers sur celle du commun de nos entrepreneurs, mais c'est bêtement mon avis et, de beaucoup d'autres j'imagine.

@ A X.Delcourt: si ce trol anonyme n'a effectivement que ce type d'arguments à opposer (pour un peu que nous le revoyons jamais ici), je supprimerais ses commentaires. Sinon, quel plaisir prémonitoire d'avoir devisé avec toi des stress tests avant même que la Commission ne décide d'en lancer une nouvelle vague, n'en déplaise à notre Banquier Riche.

Écrit par : yannick Laude | 28/11/2010

@ Yannick Laude

Vous voulez dire que je suis un tantinet chiante ?? Et je ne vois pas en quoi mes comms sont de mauvaise foi ?
Si vous aviez suivi ma participation dés le début, alors vous auriez vu que tout ce que j'ai écrit s'est avéré juste.
Je n'y peux rien, je suis un génie! :-D

A Mr Quatremer

Même ici, vous êtes toujours très " charmant" à mon égard et cela me rassure...

Écrit par : Léa | 28/11/2010

@ A Pandora beads (alias BanquierRiche je suppose): You're not a fate, but a calamity and I don't treasure anymore and since a long time as you may know the little things you kept in the jail of your mad jealousy.

Écrit par : Yannick Laude | 03/12/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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