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26/10/2010

Des conséquences du court-termisme en politique

C'est en râlant que l'Assemblée nationale a adopté lundi la contribution française au budget de l'UE, soit 18,2 milliards, en hausse de 300 millions par rapport à 2010. Nonobstant le fait que la France va récupérer environ 14 milliards sur cette somme au titre de subventions diverses, dont 10 milliards rien que pour la PAC, ce vote à contrecœur est un véritable non sens politique, traduisant l'effroyable court-termisme qui frappe nos élus et paralyse toute action publique.

Car la réelle conséquence de cette pingrerie mal placée va se traduire très concrètement par une grosse déception pour l'industrie européenne dans un des rares secteurs où notre pays est en pointe: l'espace, qui emploie directement 30 000 personnes hyper-qualifiés pour 5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Faute d'argent, la Commission européenne doit en effet renoncer au lancement d'un ambitieux programme spatial européen, dont l'annonce était prévue début novembre. Bruxelles refuse ainsi de s'engager dans de nouveaux projets de long terme alors que chaque année déjà, le budget de l'UE doit être bricolé pour boucler le financement des chantiers technologiques déjà sur les rails, comme Galileo, un système satellitaire  de radionavigation, ou le GMES, un système satellitaire d'observation des changements climatiques.

La dure loi du juste retour La Commission avait pourtant toute légitimité en la matière puisque l'espace est devenue une des politiques communes de l'UE, grâce à une des rares novations du Traité de Lisbonne. Aujourd'hui elle co-gère Galileo et le GMES avec l'Agence spatiale européenne (ESA), un organisme intergouvernemental extrêmement performant sur le plan technologique mais qui souffre d'un vice de conception juridique: son budget étant abondé par ses Etats membres, l'ESA est soumise à la dure loi du juste-retour géographique. Autrement dit, quand l'Allemagne verse tant, Berlin veut que les industriels allemands reçoivent tant. C'est pourquoi d'ailleurs une grosse PME allemande comme OHB est chargée de la construction de 14 de la trentaine de satellites nécessaires à Galileo, et pas seulement les leaders français du secteur comme Thales Elenia Space ou EADS Astrium. Au demeurant, y compris au sein de la Commission, il restait à convaincre quelques Ayatollahs de la concurrence, peu enclins à accepter l'émergence de champions européens.

Certes, le budget de l'UE, financé aujourd'hui à 80% par les Vingt Sept, n'échappe pas lui-même au fléau du juste retour. Mais les principes juridiques qui en sous-tendent l'utilisation impliquent une péréquation, ce qui explique d'ailleurs pourquoi la France, moins que l'Allemagne du reste, est contributeur net, c'est à dire que l'argent français profite aussi aux régions pauvres d'Europe centrale et orientale...et par contrecoup aux entreprises françaises qui s'y installent en masse. Le financement de la politique spatiale européenne, érigée par le Traité de Lisbonne au même rang que la politique régionale ou agricole, aurait pu faire échapper les programmes spatiaux aux contraintes de l'ESA, même si l'expertise de cette dernière n'était pas remise en cause pour la conduite technique des programmes. Mais avec un budget de 140 milliards d'euros, dont 70% sont absorbés par la PAC et la politique régionale, et sous la pression d'élus qui trouvent que c'est déjà trop cher payé, Bruxelles a préféré jeté l'éponge. Tant pis pour ceux qui rêvaient d'étoiles européennes et tant mieux pour les Américains et les Chinois qui ne mégottent pas sur les investissements d'avenir.

Commentaires

La contribution nette de la France à l'UE est de 7 milliards et non de 4. Vous devez donc faire une petite erreur...
Par ailleurs, vous semblez oublier que la France est le PREMIER exportateur au monde de produits agroalimentaires et le DEUXIEME de produits agricoles. Ceci explique peut-être ce "rapt" dont vous parlez, mais qui est tout à fait logique. Et ceci d'autant plus que tous les spécialistes prévoient des tensions à venir sur les matières premières (alimentaires). Alors, tant pis pour vos étoiles!

Écrit par : Léa | 27/10/2010

@ Lea: J'aimerai bien savoir où vous trouvez vos 7 milliards de contribution nette et j'en reste à mes 4 miliards (dont 1 d'ailleurs du au chèque britannique) Quant à votre seconde remarque, je ne vois pas le rapport avec la PAC?? Les restitutions à l'exportation n'existent quasiment plus et seront de toute manière démantelées en 2013. Ce sont les seules subventions qui auraient un lien avec notre capacité exportatrice. Je ne conteste pas du reste ces 10 milliards d'aides directes à la production (et non donc à l'exportation), je conteste que l'on conteste à l'UE d'être dotée d'un budget quasi fédéral pour mener de grandes politiques.

Écrit par : Yannick Laude | 27/10/2010

@ Yannick Laude

Désolée, il vous faudra bouger ;-) *
Et ce petit 1 milliard britannique n’est que justice: savez-vous que la PAC a versé en 2008 quelques 530 000 eus à Sa Majesté la Reine, et un petit 200 000 à son fiston Charles ?
Et je ne parlerais pas du duc de Westminster qui a empoché une coquette somme de 557 000 eus.
Je ne sais pas si ces personnages sont si nécessiteux comme le sont nos agriculteurs , mais vous me diriez que ce n’est pas le débat. Alors OK, j’arrête là.
Au total, 3 milliards de subventions agricoles européennes était distribué au Royaume Unis.

Vous ne voyez pas le rapport avec la PAC, moi, si:
- Pour pouvoir vendre sur notre marché domestique, mais aussi pour être the Best à l‘export, il faut produire, - pour produire, il faut être compétitif,
- pour être compétitif, il ne faut pas être en concurrence avec des pays dont la main d’œuvre est quasi gratuite (comparé à notre smic français). La "concurrence libre et non faussée" prônée par Bruxelles, vous connaissez ?
La PAC redistribue donc NOTRE argent, afin que notre première place exportatrice puisse être maintenue et pour que nos agriculteurs... arrêtent de se suicider.
La démanteler provoquera des manifs dans tout le pays et tant mieux: les gens qui bossent comme des malades doivent vivre dignement de leur travail! POINT!

* ça
http://www.mediapart.fr/club/blog/calyps-o/171010/7-milliards-deuros-par-cest-le-montant-net-de-la-contribution-de-la-France

ou ça, au choix
http://www.lexpress.fr/actualites/2/la-france-face-au-casse-tete-du-budget-europeen_927489.html

Écrit par : Léa | 27/10/2010

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