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21/10/2010

Sidonia, l'oie blanche du budget européen

Son nom est Jędrzejewska, mais comme c'est imprononçable chacun l'appelle par son prénom, Sidonia. Une familiarité qui n'est pas nécessairement une marque d'estime de ses collègues, encore moins d'amitié, tant elle a tout d'une oie, copie conforme de cette Sidonie sans cervelle tentant d'échapper à Croquetout le renard dans cette série d'animation de ma jeunesse Aglaé et Sidonie. Car ses limites, Sidonia Jędrzejewska les a abondamment démontrées depuis sa nomination comme rapporteur du budget européen 2011. Apparatchik de la Plate forme civique, le parti chrétien-libéral de l'actuel Premier ministre Donald Tusk, elle a intégré le groupe parlementaire du Parti Populaire Européen comme administratrice au budget (normal, elle est sociologue de formation....), avant d'être élue eurodéputée en juin 2009.

 

Propos délirants Sa première grande gaffe, elle l'a accomplie en mai dernier. Alors qu'après des mois d'âpres batailles, sur fond de crise obligataire dévastatrice,  les Vingt Sept étaient enfin parvenus à créer le Fonds européen de stabilisation financière (FESF), doté de 750 milliards dont 60 milliards de capacité d'emprunt pour la Commission européenne, gagés sur le budget de l'UE, Sidonia tient sa première conférence de presse sur le budget 2011. Contente et sûre d'elle, elle explique alors doctement qu'il est juridiquement et financièrement impossible pour le Parlement d'accepter le montage ainsi opéré par le Conseil. Heureusement, hormis l'agence polonaise PAP, aucune agence internationale, notamment financière comme AP Dow Jones  ou Reuters, n'étaient présentes pour relayer ces propos délirants: on n'ose en effet imaginer les conséquences sur les marchés d'une dépêche annonçant que ce volet hautement symbolique du plan de sauvetage européen est mort-né parce que le Parlement ne le voterait pas!

 

Mais Sidonia ne s'arrêta pas en si mauvais chemin. En charge du budget 2011, cette fade technocrate se consacra au budget 2011, sans la moindre jugeote politique sur l'opportunité qu'il y aurait peut être à utiliser la nouvelle procédure budgétaire créée par le Traité de Lisbonne et qui renforce considérablement les prérogatives du Parlement européen. Bien au contraire, Sidonia s'attelle à boucler avec les ministres européens des Finances un accord à la baisse, mais ménageant naturellement la manne agricole et les Fonds régionaux dévolus à son pays d'origine. Il a fallu tout le talent d'Alain Lamassoure, président de la Commission des Budgets, et l'insistance de son président de groupe, Joseph Daul, pour qu'elle consente à ce que le Parlement exerce pleinement ses nouveaux pouvoirs budgétaires.

 

Ultime pleurnicherie Contre son avis, le bras de fer a été engagé hier à Strasbourg, la session plénière du Parlement lançant un ultimatum au Conseil, non tant sur le budget de l'année prochaine lui-même, mais sur l'avenir des finances européennes. A l'initiative de Guy Verhofstadt, le président de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), où siège le MoDem, le Parlement exige en effet en préalable que les chefs d'Etat et de gouvernement s'engagent à doter l'UE de ressources autonomes, sous une forme qu'il reste à déterminer. L'enjeu est de pouvoir continuer à financer les politiques communes existantes, comme la PAC ou la politique régionale,  mais aussi de nouveaux programmes, davantage tournés vers l'avenir comme la recherche, la politique spatiale ou des infrastructures de télécommunications ou d'énergie.

 

Tant d'ambition désole Sidonia, qui a aussitôt dénoncé dans la presse polonaise de ce matin ces "Messieurs" qui prennent le risque d'un échec, en poussant le Conseil dans ses retranchements, et s'alarmant que faute de conciliation, les paysans et les voïvodes polonais puissent être privés de subventions. Nonobstant le fait que ce ne sera pas le cas, quoiqu'il arrive, cette ultime pleurnicherie, aux accents égoïstes, de la rapporteur au budget 2011, sème le doute sur la détermination du Parlement. C'est en effet cette "Dame" qui conduira la délégation parlementaire pour négocier avec la délégation ministérielle une position à laquelle elle ne croit manifestement pas... J'espère qu'il existe au PPE un Croquetout pour surveiller cette oie blanche en politique avant de la renvoyer pour le reste de la législature dans son poulailler de technocrate dont elle n'aurait jamais du sortir.

Commentaires

Fascinant! Merci pour cette belle histoire de basse-cour.

Écrit par : x.delcourt | 21/10/2010

@ X. Delcourt: Ouais. ...même si je regrette un peu a posteriori le caractère un peu macho de la comparaison. Mais bon, j'aimais bien Aglaé et Sidonie aprés tout!

Écrit par : Yannick Laude | 23/10/2010

Une sociologue au budget, on aura tout vu, déjà que ces gens-là n'ont pas vraiment le sens des réalités. Elle devrait s'allier au ministre belge Paul Magnette (PS) pour fonder un club des politiciens gaffeurs.

Écrit par : François Collette | 24/10/2010

Attention: l'EFSF, doté de 450 milliards d'euros, n'est pas garanti par le budget communautaire, mais par les Etats membres. Tout comme les 80 milliards prêtés à la Grèce. Seuls les 60 milliards d'euros que peut emprunter la commission sont gagés sur le budget de l'UE, tout comme l'aide de 50 milliards à la balance des paiement des pays hors zone euro.

Écrit par : Jean Quatremer | 26/10/2010

@ Jean Quatremer: J'ai accordé "gagés" aux 60 milliards...mais je conviens qu'on peut attribuer l'accord aux 750 milliards (lesquels incluent aussi le potentiel du FMI). Mon point, cher Jean, c'est que si Reuters avait fait une dépêche pour dire que le PE contestait cette petite partie du plan de sauvetage, c'est bien l'ensemble qui à l'époque aurait été ébranlé!

Écrit par : Yannick Laude | 27/10/2010

Puisqu'on en est aux précisions:
a) l'EFSF n'est ni doté (ou à peine) , ni de 450 milliards. Les levées de fonds éventuels que ce "véhicule" ferait via des émissions d'obligations sont simplement "garanties", et à hauteur de 44O milliards seulement, si j'ose dire. Ce qui lui a tout de même valu de la part de l'amicale des agences américaines une note d' Andouillette Absolument Authentique.
b) Les 8O milliards prêtables par tranches (et encore peu prêtés) à la Grèce, eux, sont bien déboursables à partir de lignes de crédit des budgets nationaux (compensables par des obligations).
Bon. En attendant, heureusement que la BCE est là.

Écrit par : x.delcourt | 27/10/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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