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30/08/2010

La Rochelle: tous unis pour occulter DSK

Pathétique que cette unité affichée des socialistes à La Rochelle dont on voit mal ce qu'elle résout! Comment en effet prendre au sérieux les promesses d'union éternelle de cette brochette de candidats potentiels aux primaires, de Martine Aubry à Ségolène Royal en passant par François Hollande et Manuel Vals, que l'on sait d'ores et déjà  promis à s'entredéchirer dans un an même lieu, même heure, sinon avant. Leur seul ciment est moins l'antisarkozysme que de faire bloc pour tenter de montrer que le PS peut très bien vivre sans son oncle d'Amérique. Car si désir d'avenir socialiste il existe, c'est en faveur de Dominique Strauss-Kahn! Et pas tant grâce au charme du patron du FMI qu'en raison de son positionnement social-démocrate assumé, ainsi que toutes les enquêtes d'opinion le montrent. Dès lors l'offensive de charme d'un parti apparemment requinqué tombe forcément à plat: chacun voit bien que le PS uni version 2010 n'est pas plus au clair sur le plan idéologique que le PS désuni version 2009.

Plus que jamais la question d'une transformation social-démocrate du PS demeure donc d'actualité. Toutes les forces qui le tireront en ce sens sont les bienvenues. Y compris le MoDem.

26/08/2010

Roms: un pur montage politicien et un vrai ratage européen

 

 

Les tribulations des communautés Roms à travers l'Europe ont inspiré Victor Hugo, Georges Bizet ou encore le moins célèbre Max Ponty, le graphiste du fameux paquet de cigarettes Gitanes. Mais à voir les développements récents les concernant, c'est plutôt du Kafka revisité: des hommes, des femmes et des enfants, quittant leurs ghettos roumains et bulgares pour des bidonvilles lyonnais ou parisiens, devenus victimes expiatoires d'un pouvoir aux abois et otages d'une querelle diplomatique franco-roumaine. Certes, il ne m'a pas échappé que ce peuple, sommé par l'Histoire et contraint par le cours des choses à se sédentariser après 1000 ans d'errance, suscite peu d'empathie et que l'enthousiasme manque à l'accueillir. De même j'admets bien volontiers qu'il n'est pas facile d'intégrer une population dont l'identité s'est construite au gré de ses pérégrinations de l'Indus à l'Atlantique et du Bosphore à la Bavière. Je confesse enfin que moi même ne serais sans doute jamais confronté à la promiscuité d'un camp de mauvaise réputation et que mon intérêt pour la culture tsigane se cantonne à la musique. Reste qu'il faut ramener l'affaire de l'été à sa réalité et à ses justes proportions: il s'agit d'un pur montage de politique intérieure et d'un vrai ratage européen. Car enfin, nous ne sommes pas là face aux grandes invasions barbares menaçant notre civilisation mais vivons simplement l'incursion folklorique et contrariante de quelques milliers de nomades dans l'Europe du XXIème siècle. Rien, semble-t-il au premier abord, que l'humanisme, la raison et l'Union européenne ne pourraient résoudre.

Contrefeu  Montage de politique intérieure, à l'évidence, car, au départ, ce n'était pas l'affaire de l'été. Cette dernière était et demeure l'affaire Woert-Bettencourt, et si je ne la traite pas encore ici, c'est que je ne doute guère qu'elle sera encore l'affaire de l'automne. C'est d'ailleurs pour faire contrefeu aux révélations sans cesse renouvelées contre son ministre du Travail, que Nicolas Sarkozy a pris ce tournant sécuritaire: les milieux populaires devaient d'urgence reprendre confiance avant la réforme des retraites. Et puis, c'était déjà ça de disputé au Front national en attendant 2012... L'acte fondateur de cette farce s'est joué à Grenoble le 30 juillet dans un discours d'intronisation d'un haut fonctionnaire de Police bombardé préfet de l'Isère, suite à deux faits divers, des émeutes en banlieue grenobloise après qu'un voyou ait été tué par la police, et un coup de sang de gens du voyage contre la gendarmerie à Saint-Aignan, un village du Loir et Cher, après la mort d'un des leurs dans des conditions toujours sous enquête à ce jour. Festival d'inepties juridiques (comme la fameuse proposition de déchéance de la nationalité française pour nos concitoyens d'origine étrangère), ce discours a marqué l'ouverture de la chasse aux Roms.

Ce ne sont pas tant du reste les mots du chef de l'Etat lui-même, plutôt prudents, qui choquent à la relecture, que le remugle alentour, alimenté par ses thuriféraires et autres porte-flingues, de Hortefeux à Lefebvre, en passant par les fameux Cortex et Minus niçois, respectivement Ciotti et Estrosi. Un mois plus tard, le ton a bien baissé. Les protestations d'anciens Premier ministres UMP et PS s'ajoutant aux exégèses papales, aux reportages ironiques des télévisions du monde entier et au malaise de tout à chacun ont fini par ramener le pouvoir à la raison. Débarrassées de leurs scories politiciennes, les expulsions ont repris leur rythme dans la discrétion: l'an dernier 10 000 Roms ont ainsi été renvoyés en Roumanie et Bulgarie, sur décision de justice, la plupart consentant et lestés chacun d'un pécule de 300 euros, plus 100 euros par enfant, le tout dans le plein respect de la directive 2004/38/EC qui permet de renvoyer chez lui un ressortissant européen en cas de trouble à l'ordre public ou si, au bout de 3 mois sur notre sol, il ne dispose toujours ni de travail, ni de revenus ou n'a entamé d'études. En a-t-on entendu parler autant que les 700 malheureux  jetés en pâture au coeur du mois d'août et qui attendent en rétention administrative leur tour d'embarquer une fois leur camp détruit, quand ce n'est pas en errant dans les rues et bâtiments public?

Revenir aux fondamentaux C'est pourquoi l'affaire ne peut pas en rester là: si la mise en scène était ignoble, le scénario n'en demeure pas moins noir. Désormais que tous les éléments de ce drame humain ont été mis brutalement sur la table, désormais que nous savons qu'il ne faut plus confondre les Roms de Roumanie et Bulgarie avec les  gens du voyage nés en France, qu'eux mêmes sont en fait pour la plupart déjà tout ou partie sédentarisés alors que les Roms ont profité de la liberté de voyager offerte par l'adhésion de leurs pays à l'UE en 2007 pour transhumer leur vie misérable des bords du Danube aux bords de Loire, parce qu'un euro gagné, mendié ou volé vaut toujours plus qu'un lei roumain ; désormais que nous avons pris conscience de tout cela, il est temps de raisonner et d'agir.  Et d'abord de revenir aux fondamentaux dans le traitement de ce problème social. La France "se veut solidaire de cette communauté Rom qui a tant souffert, y compris des persécutions nazies durant la seconde Guerre mondiale, et qui souffre, encore aujourd'hui, d'une situation difficile et souvent injuste (...) L'action du gouvernement français vis-à-vis des citoyens européens d'origine rom est  fondée sur un principe clair de non-discrimination: les Roms ne sauraient être singularisés en tant que tels parmi les autres citoyens de l'Union européenne. Ce serait contraire à nos valeurs et à nos principes constitutionnels. (...) Il ne s'agit pas de stigmatiser toute une communauté à cause des agissements criminels de quelques individus ou de quelques gangs de criminels".

Pierre Lellouche parlait d'or lorsqu'il s'exprimait le 8 avril dernier à Cordoue au second Sommet européen sur les Roms et on aurait aimé ces derniers temps entendre ses commentaires sur l'affichage politique du gouvernement auquel il appartient. Mais ne jetons pas la pierre au ministre des Affaires européennes qui a au moins eu le mérite de se rendre à cette réunion ministérielle européenne, contrairement à 25 autres de ses collègues, y compris roumain et bulgare...Qui doute en effet que la solution est européenne car toute l'Europe hérite en en fait du problème. Le triste sort des Roms du Kosovo réfugiés en Allemagne lors de la guerre avec la Serbie en est l'illustration récente la plus cruelle. En vertu d'un accord conclu en avril dernier entre Berlin et Pristina, 12000 Roms vont être progressivement renvoyés vers ce petit pays balkanique, quitté voilà plus de 10 ans, et où personne ne les attend, quand leurs masures n'ont pas été détruites sous les bombardements ou occupées par d'autres depuis leur départ. Parmi eux 5000 enfants dont la majorité sont nés en Allemagne et ne parlent qu'allemand. L'Unicef a demandé l'arrêt immédiat des expulsions: un rapport de juillet dernier sur l'intégration et les conditions de vie des soixante familles déjà expulsées montrait que 40% d'entre eux se retrouvaient apatrides, que 75 % des enfants avaient arrêté l'école de retour au Kosovo et que deux enfants sur trois vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Inutile de préciser que l'affaire fait grand bruit (mais recueille peu d'écho...) outre-Rhin.

 Ce n'est pas en menant chacun dans notre coin une chasse plus ou moins affichée aux Roms que l'on règlera le problème. D'autant qu'en mars 2011 probablement, la Roumanie et la Bulgarie feront parties de l'Espace Schengen, facilitant encore les déplacements, et qu'en 2013 au plus tard le marché du travail devrait être ouvert à tous les ressortissants de ces pays (le moindre paradoxe n'étant pas que la France restreint aujourd'hui l'accès au travail pour les ressortissants roumains et bulgares tout en sommant les Roms d'avoir des revenus réguliers). Ce n'est pas non plus en reportant le problème sur les seules Roumanie et Bulgarie, et en excluant la Commission européenne du jeu, comme tente de le faire le gouvernement, que l'on parviendra à bâtir une solution durable. Cette approche diplomatique est un leurre, d'ailleurs dénoncé par le Parlement européen, et la stratégie du "chacun chez soi et les Roms seront bien gardés" une imposture.

Déni de réalité et de solidarité Les Roms sont estimés à 12 millions, dont 9 millions ont un passeport de l'UE, à commencer par les 2 millions de Roms roumains et les 800 000 bulgares. Certes l'immense majorité a vocation à s'intégrer dans leurs pays d'origine. Mais avant que les conditions d'existence s'améliorent dans ces pays, où, si la population Rom est la plus marginalisée, le reste des habitants ne sont guère mieux lotis, la pauvreté, la déscolarisation, le chômage conduira encore nombre d'entre eux à tenter et retenter leur chance en France ou chez nos proches voisins. Des voisins dont on ferait bien parfois de s'inspirer, plutôt que de se gargariser d'avoir "la politique la plus généreuse d'Europe".  La seule solution est en effet de prendre sa part du fardeau. L'Espagne l'a bien compris qui vient d'engager un plan de 107 millions d'euros pour l'intégration des quelques 700 000 Roms vivant sur son sol, essentiellement Gitans et de nationalité espagnole mais, et non sans friction inter-ethnique, gonflés d'afflux d'Europe de l'Est. La Suède - qui recense 15 000 Roms pour 9 millions d'habitants, autant que la France pour 65 millions ...- a décidé d'adjoindre juridiquement les Roms à leur minorité nationale de  30 000 gens du voyage. Il est vrai que Stockholm a signé et ratifié les Conventions européennes sur les minorités nationales et les langues régionales, ce que se refuse à faire Paris! Ce déni de réalité et de solidarité est d'autant plus absurde que l'UE dispose d'un important budget pour mener des actions d'intégration des quelques dizaines de milliers de Roms échoués sous nos cieux. Une dizaine de pays, dont tous ceux d'origine des Roms mais aussi l'Italie et l'Espagne, se partagent ainsi au titre du Fonds social européen (FSE) 17,5 milliards d'euros pour ce type de mesures sur la période 2007-2013. La France n'a pas souscrit à cet objectif d'intégration des populations vulnérables, lesquelles en auraient  pourtant besoin tant elles n'ont pas attendu les Roms pour être nombreuses et déshéritées dans nos banlieues.

 Reste que ce raisonnement repose sur un double préalable: que les Roms acceptent cette politique d'intégration, laquelle porte fatalement atteinte à leur tradition nomade, et que l'UE joue pleinement son rôle, les gesticulations françaises ne trouvant place que grâce à l'apathie de la Commission européenne et à l'impuissance de la présidence belge du Conseil, paralysée par la crise politique que traverse le Royaume. Sur le premier point, et quoique l'on puisse penser de la disparition d'une culture millénaire, il n'existe pas d'alternative à la sédentarisation. Les Roms d'Europe centrale y ont été contraints pendant 50 ans de communisme et de fermeture des frontières. Cette politique d'assimilation forcée permettait aux Roms d'avoir un travail et un statut social, qu'ils ont été les premiers à perdre après la Chute du Mur, tandis que leurs villages devenaient bidonvilles et leurs HLM des ghettos. C'est à cette époque qu'est survenue aussi, pour la première fois dans leur histoire, l'émergence d'une petite élite Rom, surtout visible en Hongrie, et qui désormais vieillit. En Tchéquie, la communauté Rom estimée à 225 000 personnes ne compte que 3 à 400 diplômés universitaires, dont beaucoup sont sous employés car victimes de discrimination. Cette élite plaide pour une politique d'inclusion sociale respectueuse de leur langue et de leurs coutumes, consciente que le nomadisme n'est pas un avenir pour leur peuple dans un monde où leurs métiers ancestraux dans la vannerie ou la chaudronnerie, sinon la musique et le cirque, n'ont plus d'utilité économique.

Dossier emblématique Pour réussir, cette politique d'intégration doit être conduite et contrôlée par Bruxelles. Une des principales raisons de l'échec de l'intégration des Roms dans leurs pays est en effet non seulement la discrimination qui y règne mais aussi la corruption qui gangrène tous les échelons de pouvoirs. Si tant de Roms se retrouvent ainsi à la rue et candidats au voyage c'est parce que leur logements insalubres ont été rasés non pour leur en construire de neufs mais pour réaliser une opération immobilière juteuse. Le Traité de Lisbonne donne tout pouvoir à l'UE en matière de libre circulation et de non discrimination, nonobstant la bonne gestion de l'argent communautaire (la Roumanie reçoit en tout 20 milliards d'euros sur la période 2007-2013). Forte de ces prémisses, la Commission européenne serait bien inspirée de s'impliquer plus directement dans ce dossier emblématique des difficultés de la construction européenne.

 

 
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